J'ai laisse le reste du groupe aller se poser dans un parc. De mon cote je m'assieds sur un banc, au bord des Ghats. Bruits sourds des dhobi-wallahs qui battent le linge sur les marches de beton, tout resonne pres du fleuve et on entend a peine le bruit de la circulation. Au-dessus de ma tete le bruissement agacant des ailes des pigeons qui volent dans l'air immobile. Un jeune garcon qui m'approche, son petit frere dans les bras : "Hungry baby". Soudain, le son d'une planche a roulettes. C'est le moyen de locomotion des amputes des jambes.
Les Ghats sont plutot paisibles - a part ces maudits pigeons. Le lac en lui-meme est sale et plein d'algues vaseuses. Odeurs.
Partout autour d'Udaipur s'elevent des montagnes - paysage apaisant, j'aime qu'il nous rappelle notre insignifiance.
Peu a peu le soleil disparait derriere les batiments blancs et cremes de la ville, la tete d'un autre touriste surgit dans le cadre de vision de mon appareil photo.
Il y a 600 000 habitants a Udaipur, 20% de touristes - dont un sur deux est Francais.
Je rentre a la guest-house, les plumes des pigeons me font mal aux yeux.
Jeudi 22 Novembre, 3e jour a Udaipur.
... et il n'y a deja plus rien a y faire.
C'est un peu ca les jolies villes du Rajasthan : on en a vite fait le tour et le harcelement touristique rend les vieilles villes peu reposantes.
Nous trainons a la guest house, qui avec le Monde, qui avec le Courrier international - je deploie un Canard enchaine, Gautier ressemble a un lion en cage.
Sur les coups de 15h un genie nous fait decoller pour ‘Tiger Lake’, a 8Km de la ville. Les paysages sont magnifiques et nous sommes rapidement eloignes du tumulte.
Tiger Lake. Il n’y a personne, le soleil est deja bas dans le ciel. Le lac est superbe, entoure de collines montagneuses dechiquetees. Nous commencons a en faire le tour.
‘J’ai pas l’impression d’etre en Inde.’ Nous le pensions tous tout bas. Il n’y a pas un bruit, pas un sac plastique qui ne traine, pas une odeur. C’est comme si tous nos sens etaient anesthesies, ne nous laissant plus que la vue pour contempler la nature epoustouflante.
Le chemin s’arrete, nous grimpons au milieu des cactus. Arrives a une bergerie en ruine, au sommet de la montagne, un tout autre paysage se devoile a nos yeux, s’etend sous nos pieds. Des chaines de montagnes vallonees au loin, le lac qui s’emboucle de tout un tas de meandres compliques et tortueux.
Le groupe se divise. Gautier Josephine et moi continuons, Francois Sam et Flo rebroussent chemin. Je suis soulagee que d’autres veuillent continuer. Je deteste retourner sur mes pas…
Nous escaladons, grimpons, redescendons, glissons dans la poussiere, marchons sur des epines de cactus sechees qui se plantent dans nos pieds (particulierement mon cas : je suis en tongs Tribord).
Soudain nous tombons sur une route en construction qui desert des carcasses de maisons fantomatiques : armatures de beton. ‘A new resort is being built.’ Maisons de campagne pour riches Indiens ou complexe touristique ? Quel gachis…
Jusqu’au moment ou l’on s’enfonce dans la gadoue, ou mes tongs ne se decollent plus de la terre detrempee… je m’extirpe du bourbier pieds nus.
Quand je remets mes chaussures impossible de marcher, mon pied pivote. J’essaye d’essuyer les tongs, une maman envoie sa fille me remplir une bouteille d’eau du marais. Comme ca ne suffit pas a retirer la boue qui m’empeche de marcher, un homme qui passait par la m’enleve les chaussures et part me les rincer directement et consciencieusement. Je me sens affreusement genee.
Les trois adultes ne parlent pas Hindi. Jo comprend quand meme un peu, nous expliquons que nous voulons repasser de l’autre cote de la montagne pour finir le tour du lac. L’homme ouvre la marche, les enfants et les deux femmes la ferment.
Nous arrivons dans un petit village improbable, love entre deux montagnes, ou s’entassent baraques et chevres. L’homme nous conduit a travers les maisons, s’excuse d’avoir bu, nous amene au sommet de la colline. Nous remercions, sourions, saluons, il nous touche les pieds, nous nous sentons deplaces et ne savons pas comment reagir, resaluons, resourions, et redescendons enfin, du cote du lac principal.
Il est 17 heures. Le soleil disparait derriere les montagnes dans notre dos, teintant d’orange le paysage en face de nous. Le ciel est tres bleu. La Lune, fantomatique, se leve deja.
Moments de calme et beaute, serennite, plenitude.
***
Nous avons retrouve le tumulte et les gens a l’arrivee a Jaisalmer. Les gens a la sortie du bus qui te sautent dessus pour une chambre, un rickshaw, que sais-je.
Nous traversons la rue pour prendre un chai, ils sont 24 autour de nous a nous harceler. 24 c’est presque une classe entiere de college… Le harcelement est tel que le gouvernement envoie l’armee a la descente des bus et des trains, pour proteger les touristes et repousser les ‘businessmen’ (‘Why are you angry Ma’am? This is my job! Come to my hotel.’)
Pourtant Jaisalmer est magnifique, probablement la ville qui me plait le plus depuis que nous sommes ici, au Rajasthan.
Entierement jaune, construite de pierre de sable, se detachant sur le bleu du ciel.
Nous sommes dans le desert…