Sunday, October 21, 2007

Durga Puja & caricature.

Par la fenêtre, des feux d’artifices qui éclatent dans toutes les directions. Soudain je sursaute, il y en a un tiré juste sous nos fenêtres, dans notre rue. Les pétards éclatent au-dessus de ma tête.
La musique est si forte qu’elle nous empêche de penser. Un char, une demi-douzaine de haut-parleurs qui crachent de la musique indienne techno. C’est comme un gros cœur, qui bat très très fort.
Devant le char, les hommes dansent, toujours aussi démembrés.
De l’autre côté de la route, sur le bas-côté opposé, les femmes observent, immobiles, en saris rouges orange fuschia verts, dorés et pailletés.

Le silence est revenu dans la rue, le char est passé. Ne restent plus que les habituels klaxons du trafic, et la rumeur lointaine d’un autre char, un peu plus loin, dans une autre rue.
Maintenant c’est quelqu’un qui tape dans un mur de l’immeuble avec un marteau, à cette heure tardive.
En face de moi, une fissure dans la peinture de notre mur, et plein de petits insectes volants qui s’agglutinent autour du néon.


J’ai parfois l’impression d’être devenue une caricature…
Je porte un grand pantalon bouffant rose à carreaux et des kurtas rouges et orange, je ne me sépare jamais de mon écharpe (il fait au moins 30 degrés Celsius l’après-midi maintenant). Je ne porte plus que des tongs depuis belle lurette et j’ai les pieds tout noirauds. J’ai des envies un peu étranges (avoir une boucle d’oreille en forme de fleur sur le haut de l’oreille comme Sharmila Rege, ma prof de socio). Je me coiffe avec des barrettes argentées et des pinces roses pailletées en forme de cœur. Le matin tout le monde sait quand je me lève, parce que j’ai des bracelets de chevilles à clochettes que je n’ai pas retiré depuis notre voyage à Goa (mais j’ai demandé, tous les bijoux viennent de Bombay…) et qui font gling gling. J’ai les cheveux de plus en plus bouclés, on achète des produits Himalaya à propriétés ayurvédiques (même si d’après Aamanee c’est un truc de grand-mère ici, un peu comme notre Yves Rocher à nous) (sauf que ça marche vraiment). Je bois l’eau du robinet et mange avec mes doigts, je me déhanche sur Cash, Partner et tant d’autres, et je connais même des bouts de paroles. Je me fais occasionnellement ramener en Pulsar 150 après des soirées, et Flo vient de s’acheter un scooter : maintenant, nous sommes motorisees comme tout le monde. Quand j’ai des allergies qui reviennent, un mal de gorge à cause de la pollution, de l’urticaire après la douche (être allergique à l’eau, c’est un comble) je cours chez Joshi, l’homéopathe sur MG Road. Je ne souris plus aux rickshaws agressifs, et quand ils sont désagréables je le leur rends au centuple. Nous faisons toujours notre lessive à la main, même si j’ai craqué et que j’ai acheté de la washing powder de marque occidentale parce que l’indienne pue trop. Bon, maintenant on a une vraie douche, avec de l’eau chaude ! Mais je privilégie les toilettes à la turque à la fac au lieu des toilettes occidentales. Et je suis plus en retard que jamais…

Je commence aussi à changer d’avis. Sur plein de choses. Sur la laïcité à la française, sur qu’est-ce que le respect de tout ce qui est Autre, sur quoi faire après Sciences po, sur le pouvoir et nos dirigeants (sur le PS… Clem et Gaby cachez votre joie). Sur mes projets de vacances aussi ;) La perspective de la découverte de l’Indonésie avec Gaby au mois de Juillet s’éloigne… maintenant je prends le vol Mumbai-Tehran sur Iran Air avec Zohreh.
Je remarque que sans le vouloir, j’ai aussi changé ma façon de danser. J’ai appris à claquer des doigts différemment, et je ne me suis pas encore remise de la joie d’avoir enfin réussi à trouver (merci Lucy) comment prononcer la lettre « gh » de l’alphabet persan.

Mais j’ai toujours mes lunettes Prada (aaargh), une fabuleuse propension au work-avoiding, à la lecture et à la rêverie…
Des goûts musicaux de chiotte, une passion pour les toasts beurre salé - miel et pour les carottes crues – mayo. Des rêves de minijupes et de décolletés provocants pour quand je serais de retour à Paris (voila ce que ca donne, quand on est trop brimee...).
Et je ris pareil qu'avant, a gorge deployee... Donc finalement, rien ne change ?

No comments: