Monday, October 22, 2007

Feedback.

Je reviens de l’Internet café… je viens tout juste de poster le message « Caricature »…
J’ai aussi lu le blog de Chris et les posts que j’avais de retard. Les mots de Maud aussi. Et je me suis dit, « pauvre Célia, toi tu ne rends même pas tes assignments à l’heure, et que fais-tu pour agir sur ton environnement ? Pitoyable. ». Et j’ai relu ce que j’avais écrit…
J’ai eu l’impression d’être un spectateur étranger à ma vie, et d’entrapercevoir, pour la première fois, ce que quelqu’un peut bien penser en parcourant ces pages, en observant ces photos… Même si plus jamais je ne pourrais savoir ce que ça fait, de regarder des photos d’une foule autour de Ganesh quand on n’y a pas été.
Je me suis sentie bien inutile. J’ai parlé avec Flo, en rentrant. Le néon, les insectes et la fissure étaient toujours là. Le bordel partout par terre, avec des photocopies de readings et des livres xéroxés qui jonchent le sol. L’autobiographie de Gandhi et la BD Persepolis de Marjane Satrapi, les Lonely Planet sur la table basse. Les coussins brodés d’or éparpillés dans la pièce, les rideaux ocres et bordeaux, les enceintes (cadeau d’Ambuj, Tashi et Sassi pour l’anniversaire de Lucy), toutes nos paires de chaussures entassées sur le râtelier à chaussures près de la porte – alors qu’on porte toujours les mêmes… Ca sert à quoi d’avoir des Converses et des ballerines moisies sorties ? L’affiche sur la porte, qui est une photo de canettes de bière empilées, parce qu’on a trouvé ça marrant de coller à nos stéréotypes. Au-dessus de la porte-fenêtre notre idole de Ganesh que Rohit nous a offert pour notre crémaillère. Les verres qui traînent, le cadavre du mug de la German bakery qu’on a volé et que Flo a cassé en mimant comment elle a évité le char de Durga en bas de la rue pour aller se garer sous l’immeuble. Le cendrier noir avec des perles et des signes « Om » en plastique nacré collés dessus. L’anti-moustique qu’on n’utilise pas, les DVD multifilms à 1 euro. Le ventilateur qui tourne paresseusement, moi affalée sur le matelas, par terre, et Flo avachie dans le sofa. Et je me suis rappelée comment on trouvait ces sofas moches quand on était encore à Koregaon, en Juillet.
Et là on s’est dit merde, il y a 3 mois on se serait bien foutu de la gueule de deux filles comme nous…

Mais si vous voulez, je peux vous raconter. Vous raconter tout le reste. Tout ce que je ne dis pas, parce que c’est normal, c’est tous les jours. Mais finalement…
Il était 23h50 quand j’ai fait rallumer l’ordinateur pour l’imprimante à Rohit. J’avais promis à Lucy que j’imprimerais ses documents. Les lumières étaient éteintes, les ordinateurs aussi. Je suis restée 1h20 au cyber et j’ai imprimé 4 pages, j’aurais du payer 28Rs au moins. J’avais que 20. “I’m sorry Rohit, I’ll give you the balance next time.” “Oh no, I needed the money now! Just kidding, actually it’s 20Rs.” “Are you sure?” “Yes.” “Thank you Rohit. Shoubaratri!” Mais c’est pas vrai que c’était que 20Rs (36 centimes d’euros). Un jour je suis arrivée au cyber, c’était sa Maman qui tenait le comptoir, parce que c’était l’heure du déjeuner. Elle parle pas Anglais, mais elle m’a dit « Hi Celia! ». Comment elle connaît mon nom ? Et à la fin elle m’a dit « 10. » J’ai dit « Are you sure it's not 15? » « No, it's 10. For you. » Regard malicieux en coin. Argh ! non L Je ramène personne dans mes bagages moi…
Bref. Après avoir souhaité bonne nuit à Rohit, je me suis dirigée vers la maison. Dans la nuit il y a une sorte de brouillard toujours à Pune, et parfois une odeur de fumée. Les palmiers que je ne vois plus, la multitude de motos garées sur les côtés de la route. Il n’y a pas de trottoirs, mais des grandes aires en graviers et en terre battue. L’autre jour, quand Flo est allée me chercher un médicament à la pharmacie, un homme était accroupi par terre devant l’église (il y a une grande croix rouge au néon sur le toit, comme à Bruxelles les filles…). Et il était là, il tenait un chiffon dans la main, et il nettoyait le sol. La poussière et les gravillons quoi. Lourde tâche…
La lumière des lampadaires est très orange. Le char était parqué à l’entrée de la rue qui contourne le bidonville. C’est dans cette rue qu’on va jeter nos poubelles, dans un gros container en métal jaune rouillé. A chaque fois, la petite mamie aux cheveux blancs et mèches au henné nous fait un grand sourire édenté. On pose d’abord nos poubelles sur le muret près du seuil de sa porte. On s’assoit sur le muret, et elle pendant ce temps elle fouille dans la poubelle pour voir s’il y a du verre ou du plastique, ou d’autres choses intéressantes. Quand elle a finit, on reprend nos poubelles, on se bouche le nez, et on va les balancer le plus vite possible dans la benne. Je pense qu’elle préfère mettre juste les mains dans la merde, au lieu d’y mettre aussi les pieds. Parce que c’est souvent que plus loin dans notre rue, plus près du chowk (croisement) avec Aundh road, dans l’autre container à poubelles, celui où il y a des chèvres autour qui mangent les ordures, c’est souvent qu’il y a quelqu’un, debout dans les déchets en décomposition, qui trie je sais pas quoi. Et je peux vous dire que ça pue, et que c’est pas comestible. Mais peut-être que c’est pour nourrir les chèvres en fait.
Donc voilà, le char était à l’orée de cette rue. Je crois qu’il y avait aussi un camion, ou deux. J’ai pas fait attention. A ce niveau il y a aussi le rickshaw stand, ceux qui nous font chier un matin sur deux. Mais maintenant c’est de l’histoire ancienne, parce que Flo loue à Sam, pour 500Rs (10 euros) son scooter Kinetic des ‘80s. Pour ce mois-ci, parce que Sam est partit à Delhi. Après, quand on partira dans le Rajasthan, on laissera le scooter chez François.
Juste avant d’arriver au niveau de notre immeuble, il y avait un attroupement de gens qui faisaient je sais pas quoi à part être un peu bourrés et me héler pas méchamment. Pas une seule femme à cette heure-là dans les rues.
Dans le hall de l’immeuble il n’y avait pas le watchman ce soir. Mais peut-être qu’il était encore trop tôt. En général il est là, il dort sur les « carreaux », à l’air libre, emmitouflé dans sa couverture. Mais quelle que soit l’heure, on n’oublie jamais de se souhaiter mutuellement bonne nuit.
La cage de l’ascenseur était illuminée. Quand on est arrivé, le 29 Juillet, on nous a dit que l’ascenseur serait prêt dans les 8 jours. Après 10 jours en Inde j’étais déjà franchement sceptique. J’avais estimé le délai à 1 mois. Ca va bientôt faire 3 mois que l’ascenseur ne marche toujours pas. M’enfin perso je m’en fous.
Au 1er étage j’ai regardé par la fenêtre… Ce côté de l’immeuble donne sur le bidonville de Bopodi. On voit les guirlandes de Noël du temple hindou, les toits de tôle ondulée qui se déploient sous nos pieds, les pierres pour empêcher la tôle de s’envoler, les bâches en plastique pour donner un semblant d’imperméabilité aux « maisons ». Au-delà du slum il y a les montagnes, et on aperçoit la lointaine lumière verte de la mosquée. Ca a l’air plutôt éloigné, mais on entend le muezzin très distinctement, 5 fois par jour.
La fenêtre de l’escalier par laquelle je regardais donne sur une ruelle, une ruelle de polar. Comme une arrière-cour pour les maisons. Je crois que les enfants étaient couchés, et une demi-douzaine d’adultes prenait son dîner. Un tapis bleu et blanc défraîchi par terre, tout le monde accroupi, ils mangeaient des thali. Une femme en sari bleu, avec une fleur blanche dans les cheveux, servait quelque chose. J’aurais tellement aimé me joindre à eux, petit îlot de lumière dans ce bidonville plongé dans le noir de la nuit…
J’ai continué mon ascension. Au 3ème étage, au-dessus de la porte de Leila, notre copine Iranienne, il y avait une guirlande de fleurs orange accrochée. Ah, elle aussi elle a craqué donc. Nous nous avons juste un poster de Ganesh sur notre porte, mais j’aime bien les fleurs aussi... En ce moment tout le monde a de jolies formes et des rosaces en sable coloré sur le pas de leur porte. Ca doit être pour le festival. Sur les portes il y a des « om » et des svastika (pour nous des croix gammées) dessinées à la peinture rouge sang. Au 3ème, chez un nouveau locataire, il y a plein d’empreintes de mains, partout sur la porte et sur le mur. Et chez un autre, il y a une petite poupée vaudou noire, plantée d’épingles et pendue par les pieds, sur un des gonds de la porte d’entrée.
Et puis je suis arrivée au 5ème, chez nous, le seul étage non éclairé, un étage avant le toit. Et comme j’ai un research term paper à faire, sur les évolutions du système partisan dans l’Uttar Pradesh depuis l’Indépendance, eh bien je vous écris. Faudrait pas non plus que je le rende à l’heure…
Alors voilà, une fraction de journée à Pune… c’est long hein ? Avouez que je fais bien de pas tout raconter… Flo se lève chercher du chocolat, on écoute Jean-Jacques Goldman, je vais me faire un lime & ginger.
Shab be kheir kouchoulouhaye man ! *

* Bonne nuit mes petits ! (En Persan.)

Sunday, October 21, 2007

Durga Puja & caricature.

Par la fenêtre, des feux d’artifices qui éclatent dans toutes les directions. Soudain je sursaute, il y en a un tiré juste sous nos fenêtres, dans notre rue. Les pétards éclatent au-dessus de ma tête.
La musique est si forte qu’elle nous empêche de penser. Un char, une demi-douzaine de haut-parleurs qui crachent de la musique indienne techno. C’est comme un gros cœur, qui bat très très fort.
Devant le char, les hommes dansent, toujours aussi démembrés.
De l’autre côté de la route, sur le bas-côté opposé, les femmes observent, immobiles, en saris rouges orange fuschia verts, dorés et pailletés.

Le silence est revenu dans la rue, le char est passé. Ne restent plus que les habituels klaxons du trafic, et la rumeur lointaine d’un autre char, un peu plus loin, dans une autre rue.
Maintenant c’est quelqu’un qui tape dans un mur de l’immeuble avec un marteau, à cette heure tardive.
En face de moi, une fissure dans la peinture de notre mur, et plein de petits insectes volants qui s’agglutinent autour du néon.


J’ai parfois l’impression d’être devenue une caricature…
Je porte un grand pantalon bouffant rose à carreaux et des kurtas rouges et orange, je ne me sépare jamais de mon écharpe (il fait au moins 30 degrés Celsius l’après-midi maintenant). Je ne porte plus que des tongs depuis belle lurette et j’ai les pieds tout noirauds. J’ai des envies un peu étranges (avoir une boucle d’oreille en forme de fleur sur le haut de l’oreille comme Sharmila Rege, ma prof de socio). Je me coiffe avec des barrettes argentées et des pinces roses pailletées en forme de cœur. Le matin tout le monde sait quand je me lève, parce que j’ai des bracelets de chevilles à clochettes que je n’ai pas retiré depuis notre voyage à Goa (mais j’ai demandé, tous les bijoux viennent de Bombay…) et qui font gling gling. J’ai les cheveux de plus en plus bouclés, on achète des produits Himalaya à propriétés ayurvédiques (même si d’après Aamanee c’est un truc de grand-mère ici, un peu comme notre Yves Rocher à nous) (sauf que ça marche vraiment). Je bois l’eau du robinet et mange avec mes doigts, je me déhanche sur Cash, Partner et tant d’autres, et je connais même des bouts de paroles. Je me fais occasionnellement ramener en Pulsar 150 après des soirées, et Flo vient de s’acheter un scooter : maintenant, nous sommes motorisees comme tout le monde. Quand j’ai des allergies qui reviennent, un mal de gorge à cause de la pollution, de l’urticaire après la douche (être allergique à l’eau, c’est un comble) je cours chez Joshi, l’homéopathe sur MG Road. Je ne souris plus aux rickshaws agressifs, et quand ils sont désagréables je le leur rends au centuple. Nous faisons toujours notre lessive à la main, même si j’ai craqué et que j’ai acheté de la washing powder de marque occidentale parce que l’indienne pue trop. Bon, maintenant on a une vraie douche, avec de l’eau chaude ! Mais je privilégie les toilettes à la turque à la fac au lieu des toilettes occidentales. Et je suis plus en retard que jamais…

Je commence aussi à changer d’avis. Sur plein de choses. Sur la laïcité à la française, sur qu’est-ce que le respect de tout ce qui est Autre, sur quoi faire après Sciences po, sur le pouvoir et nos dirigeants (sur le PS… Clem et Gaby cachez votre joie). Sur mes projets de vacances aussi ;) La perspective de la découverte de l’Indonésie avec Gaby au mois de Juillet s’éloigne… maintenant je prends le vol Mumbai-Tehran sur Iran Air avec Zohreh.
Je remarque que sans le vouloir, j’ai aussi changé ma façon de danser. J’ai appris à claquer des doigts différemment, et je ne me suis pas encore remise de la joie d’avoir enfin réussi à trouver (merci Lucy) comment prononcer la lettre « gh » de l’alphabet persan.

Mais j’ai toujours mes lunettes Prada (aaargh), une fabuleuse propension au work-avoiding, à la lecture et à la rêverie…
Des goûts musicaux de chiotte, une passion pour les toasts beurre salé - miel et pour les carottes crues – mayo. Des rêves de minijupes et de décolletés provocants pour quand je serais de retour à Paris (voila ce que ca donne, quand on est trop brimee...).
Et je ris pareil qu'avant, a gorge deployee... Donc finalement, rien ne change ?

Tuesday, October 2, 2007

Festivites.

Voilà maintenant une petite semaine que le glas a sonné : fin de Ganpati.
Les 12 jours de festival se sont achevés par l’immersion des Ganesh de carton-pâte dans la rivière locale, par une nuit de pleine Lune. L’afflux de monde était délirant et les policiers bien présents avec leurs grands bâtons, usage avéré: contrôler la foule. Nous sommes descendus en centre-ville pour profiter une dernière fois du son rythmé des tambours et de la techno-pop indienne (eh oui ! rien n’est trop beau pour Ganesh).
Ceci dit la soirée nous a été légèrement tronquée par les fameux policiers aux grands bâtons. Au léger motif qu’en nous mêlant à la procession côté section des femmes (nous voulions danser un peu en l’honneur de la divinité susnommée) nous (certes 5 Occidentales) (tout de même !) avions créé un attroupement trop important, bien que totalement involontaire ! qui aurait pu (qui sait ?) dégénérer en mouvement de foule. Nous avons donc été priées de déguerpir au plus vite du festival. C’est ainsi que nous nous sommes retrouvées autour d’un butter chicken masala à Aundh, l’air un peu penaud.

Inutile de préciser que les deux derniers jours du festival furent l’occasion de deux jours fériés aux frais de la Princesse…
Et pourtant ne voilà-t-il pas que ce matin, seulement 6 jours plus tard donc, je me réveille de nouveau au son d’une musique festive et matinale, en directe provenance de la rue…
‘Today’s Gandhi’s birthday.’ Ah.

A peine pénétrons-nous dans la fac qu’il devient évident que l’évènement a totalement décimé les effectifs du staff administratif et du corps enseignant : nouveau jour férié.
C’est à peine si nos pas résonnent dans les couloirs vides et les voix des rares étudiants rebondissent contre les parois nues des salles de classe. Bien sûr il n’en fallait pas plus pour que Pandit annule son cours du matin.
Le campus reste fréquenté néanmoins, beaucoup d’étudiants logeant dans les différents hostels du campus. Le temps est au beau fixe et je prends agréablement conscience du pépiements d’innombrables et invisibles oiseaux dans les arbres (Ficus bengalensis pour la plupart), du cricri des cigales, et surtout de toute cette végétation luxuriante qui nous entoure. J’erre deux heures durant sous le soleil et sur des routes désertes et désertées, à la recherche du département de Microbiologie. Je ne sais si je suis totalement neuneu et ce par deux fois, ou si, peut-être, le plan défraîchi du campus au Main Building ne serait-il pas à l’envers ? Je penche toutefois pour la première solution…
Peu importe, ma mission sera couronnée de succès, et j’aurais bien amélioré ma connaissance des recoins du campus après cette petite ballade autant involontaire qu’agréable.
Le département de Microbiologie se trouve sur la route qui mène au bidonville de la fac, dans un coin reculé du campus. Sur le chemin je ne croise pas grand monde, à part un groupe d’élèves entrain de se faire un volley sur le terrain du département des Environmental Studies (qui semble sorti de nulle part), ou encore un berger entrain de conduire son troupeau de chèvres jusqu’au « pâturage » le plus proche (un bout de gazon pelé au milieu de la poussière).
A part ça (à mon usage personnel) : victoire ! le second semestre de Microbio commence en Janvier, ainsi pas de souci d’emploi du temps (et de risque de non vacances !) comme c’était le cas à Jussieu. Je suis vraiment impatiente de pouvoir prendre quelques cours là-bas, loin de l’effervescence du centre névralgique du trio cantine Xerox - Humanities department – Main Building. Et plus près de l’air pur de la forêt de Ficus bengalensis