Monday, September 17, 2007

Mission Charcuterie – comédie en un acte (du moins j’espère !).

Moi qui n’ai jamais besoin d’aller chez le médecin dans notre douce France, depuis quelques semaines je profite d’être en Inde et d’avoir le temps pour faire la tournée…

D’abord l’homéopathe – rien de dangereux – puis le médecin – bon enfant.
L’anecdote remonte à ce Mardi où je ne pouvais plus parler pour cause d’angine (ou autre, je ne saurais jamais). Allant à l’encontre de tous mes principes (ne JAMAIS demander de l’aide, ce serait trop facile) j’avais laissé Rohit m’emmener chez le médecin le plus proche en moto. Ca tombe bien, il pleuvait ce jour-là.
« Nous avons pénétré dans un petit sentier de terre battue, Ruhet a arrêté la moto, je me suis dit « naaan… c’est une blague » avec un sourire en coin amusé, type « elle est où la caméra cachée ? ».
Mais non ce n’était pas une blague. Le médecin le plus proche c’était une sorte de cabane carrée en bois, avec toit en paille. C’est ça, une hutte. Un écriteau « A-medicine » (A pour allopathic) et une croix rouge.
J’ai retiré mes tongs à l’entrée, me suis rappelée qu’il ne faut pas se fier aux apparences, et je me suis assise sur le banc, entre une paire d’yeux et un vieil homme.
Du « cabinet » entraient et sortaient des fillettes qui sautaient partout et jouaient dans le rideau de grand-mère à grosses fleurs qui faisait office de porte.
Puis ce fut à mon tour, la consultation étant principalement composée de questions, ce qui m’allait fort bien.
Je suis repartie avec quelques médicaments jaune et orange fluos qui sentaient la mort, et un sirop magique qui m’a rétablie en 2 heures (véridique !) et m’a rendue un peu surexcitée pendant 48h (certains en témoignerons…).
Bonne expérience donc, avec une morale en deux parties que voilà :
# accepter de l’aide rend la vie plus facile
# on ne le répètera jamais assez : ne pas se fier aux apparences. »


Forte de ces leçons je décide donc Vendredi dernier de me rendre chez la dentiste, ma dent de sagesse qui pousse recommence à me faire mal et pas question de me bourrer de paracétamol comme en Juin. Comme on ne rigole pas avec l’hygiène dentaire je choisis celle déjà testée par Hugo, et qui exerce à Koregaon park (facteur faisant littéralement exploser les indices de fiabilité).
Verdict : ma dent a probablement la place de pousser, mais c’est pas dit. Ma gencive se décolle, pouvant causer des infections. Solution dentaire : retirons la gencive de dessus la dent, charcutons fouinons observons, et avisons.

Je me rends donc aujourd’hui au cabinet une nouvelle fois pour ce que j’appellerais : de l’Opération, ou la Mission Charcuterie.
La dentiste est adorable, bien entourée d’assistants divers et variés, la pluie s’est mise à tomber, j’ai une magnifique vue très reposante sur les arbres s’agitant doucement dans le petit vent qui souffle à travers la fenêtre. Musique classique pour détendre l’atmosphère qui n’est en fait pas tendue (c’était le plaisir de la narration).
Je m’allonge sur la table de torture (ça aussi c’est pour l’effet narratif) et le masque de Smita se penche sur mon visage pour mieux scruter ma dent (ou plutôt ma gencive et la pointe ridicule de ma dent qui en dépasse).
C’est alors que Smita dégaine une longue, très très longue aiguille de sa table à outils, « open your mouth ». Vas-y Célia, fais pas ta chochotte.

L’assistant du Doc (c’est comme ça qu’il l’appelle) me fait la causette pendant de longues minutes de contemplation des taches d’humidité au plafond, le temps que l’anesthésie fasse effet.
Smita finit par revenir, la pièce peut commencer…

Lumière en pleine tronche, je me crois en plein milieu d’un épisode d’Urgences (même si je n’ai jamais regardé Urgences ceci dit).
Smita et son assistant scrutent mon gosier grand ouvert, et la ptite madame-bonne à tout faire papillote autour de nous pour passer tous les instruments (stériles !!! siouplé… snif) dont le Doc pourrait bien avoir besoin.
Les instruments consistants principalement – de ce que j’ai pu en voir, parce qu’après j’ai pris le parti de fermer les yeux – de ciseaux divers et variés qui m’ont étrangement rappelé ceux que l’on (non - ceux que Gaby) (remerciements publics) utilisait pour découper souris, grenouilles et autres têtes de criquets en TP. Et vas-y que je te coupe coupe la gencive ! “You will know that I’m doing something in your mouth but won’t feel any pain. This is how it has to be.”
Oui, c’est tout à fait ça, je comprends bien qu’il se passe quelque chose là-dedans – goût du sang dans ma bouche.
D’ailleurs ça dure, ça dure, et moi je commence à avoir une crampe à la mâchoire droite (celle qui n’est pas anesthésiée) à force d’ouvrir grand la bouche. J’aimerais bien refermer un peu, mais je sens les ciseaux contre ma langue, Célia je t’en supplie ne ferme pas trop la bouche, qui sait ce qu’elle pourrait couper si elle ne voit plus rien.
Les minutes s’éternisent.
C’est alors que…
C’est alors que “Ahou! I ’i’n’t ’eel a’y ’ai’, ’u’ ’ill ’I ’elt homehin’”. Action réaction… « Anaesthetic! » Blanc. « Needle please!!! ». Et voilà la longue, très longue aiguille qui fait un aller-retour supplémentaire dans ma bouche.
Le verdict finit par tomber : “I think that your tooth has enough place to grow. At least I hope so! I won’t take it off today.”
QUOI ??? Mais c’est qu’elle prévoyait de m’arracher ma dent de sagesse là, right on the spot, si le besoin s’en était fait sentir ??
Soudain, je prends toute la mesure de sa phrase anodine d’il y a 4 jours. “If I feel like the tooth has to be removed you’ll have to tell me what you want to do. So think about it for Monday ’cause you’ll have to take a decision quite fast.”


Fort heureusement tout est bien qui finit bien donc, et après beaucoup de bave sécrétée et de sang perdu, ma dent est bel est bien là, très belle, faisant de ma personne une nouvelle sage de ce monde J. (Non, pas adulte non.)

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