8h45 : Argh, je finis par prendre conscience que ce truc qui insiste c’est le réveil. Deuxième chose après mon râlement intérieur : j’avale ma salive. Bizarre, ce n’est pas quelque chose dont on est conscient d’habitude… Il s’avère que j’ai un énorme mal de gorge. Pourquoi ? C’est une fort bonne question : il faisait 35°C hier. A moins que ce ne soit un simple conditionnement mental et qu’il ne s’agisse là que de mon léger coup de froid annuel qui me guette à chaque rentrée.
Je finis par m’extirper de mon lit pour me traîner jusque dans la cuisine afin de dénicher la Lisopaïne. Simple réflexe de Pavlov, Maman contrôle mon cerveau. Je finis sous la douche. Enfin plus exactement accroupie sous le robinet, armée du seau en plastique pour se verser de l’eau dessus. De l’eau froide dessus. Mon cerveau embrumé se met à douter du bienfait d’une douche froide quand on a mal à la gorge, mais ai-je le choix ?
Dernière découverte du matin : une mini plaie sur mon pied s’est infectée et j’ai une petit boule de pus à la place. Charmant. C’est vrai que j’aurais pu ne pas arracher la peau de mon ampoule, que j’aurais pu désinfecter la chose, et que j’aurais pu tant d’autre…
9h25 : Nous quittons l’appartement, j’ai cours dans 5 minutes, je suis donc en retard. Ne nous affolons pas (je ne m’affole pas) : j’ai Globalization and the State avec Shantishree Pandit, pas de quoi s’affoler (je ne m’affole pas).
Une fois au pied de l’immeuble, deux missions délicates nous attendent.
# Mission délicate du matin n°1 : réussir à ne pas marcher dans un des cacas laissé là par les enfants des bidonvilles environnants. Les toilettes publiques sont juste en bas de chez nous, mais comme les enfants n’ont pas de chaussures ils se contentent du trottoir. Pardon, du « trottoir ». Redoublez de vigilance, car vous êtes en tongs.
# Mission délicate du matin n°2 : choper un rickshaw. Choper un rickshaw qui vous emmène à la fac. Choper un rickshaw qui vous emmène à la fac pour pas plus de 20Rs…
Mode d’emploi : prendre un air sévère, blasé, voire hautain. Ce que vous voulez en fait, mais pas gentil. Claquez des doigts dès que vous apercevez un rick vide qui passe. En général vous faire rembarrer, une fois, deux fois. Allez deux mètres plus loin vous résoudre à payer 20Rs, soit 3Rs de plus qu’au meter. (Enfer et damnation !)
Tiens, ô surprise, inflation ce matin : le cours de la course pour le main building est monté à 30Rs.Avec votre air méchant que vous avez conservé, indignez-vous calmement mais fermement (c’est-à-dire efficacement) « What ?? you take us every morning for 20Rs ! ». « Theek hai theek hai. »
Montez dans le rickshaw. Gardez votre mauvaise tête mais cette fois-ci parce que vous êtes franchement en retard, et que vous venez de découvrir qu’on ne peut prendre que 6 Lisopaïnes par jour.
9h37 : Je fais toujours autant la gueule, mais cette fois-ci c’est parce que je viens de me rappeler que j’ai deux heures de State politics in India cet aprem. Je me frappe la tête contre mes cahiers, eh merde ! Nous n’avons pas eu ce cours la semaine dernière, et le nouvel emploi du temps n’a bizarrement eu aucun mal à fermement s’incruster dans ma cervelle de flemmarde.
9h40 : Peur d’être en retard ? Haha. C’était sans compter sur Pandit… Elle n’est pas encore arrivée, la classe est presque vide, les élèves arrivent au compte-goutte d’un pas traînant.
Pour fêter ça je reprends une Lisopaïne.
9h56 : Elle n’est toujours pas là. Puisque c’est comme ça je sors La condition humaine. Marrant, ce bouquin que j’ai cité dans plusieurs poignées de dissert’ de français et de philo, et je ne sais même plus ce que je suis censée trouver dedans.
« Vous croyez qu’elle va venir ? » « Oui oui, en fait elle est déjà là, elle arrive dans 10 minutes. » ben voyons.
10h03 : Pandit est là (Pandit est là !), mais ça ne veut pas dire pour autant que le cours démarre dans la minute… Si elle recommence à dire que Nehru a dit que Staline était un humaniste et que la NEP a super bien marché et que l’URSS c’est cool parce qu’à l’époque de Staline tout le monde avait des chaussures en Russie, est-ce que j’interviens cette fois-ci ??
12h55 : à la library.
Je peux pas manger, je peux pas boire, je peux pas avaler ma salive. Fort heureusement je peux encore respirer.
12h56 : Mon pied infecté fait mal, je commence à boiter et à avoir des courbatures dans le dos.
J’ai froid, puis chaud, et comme je ne suis pas normale : non, je n’ai pas de fièvre.
* * *
Finalement après avoir bu 2 Mazaa (jus de mangue ultra sucré) en guise de repas et avoir fini et rendu mon essai de biological anthropology que tout le monde a rendu il y a je dirais deux ou trois semaines, je prends le difficile parti de rentrer à la maison, et de sécher State politics.
Difficile de dire si je me sens faiblarde parce que je suis malade, ou si c’est parce que je ne peux rien ingurgiter.
Je passe l’après-midi à ne rien faire et à dormir (pour peu que dormir soit autre chose que ne rien faire). Plus le temps passe plus je me sens mal, jusqu’à zoner jusque tard, couchée comme une misérable sur le matelas du salon à vaguement sommeiller.
La journée s’achève finalement sur un gros chagrin quand, prostrée sur mon lit, je ne peux même pas boire mon jus d’orange. Alors je me mets à pleurer, et comme personne ne vient et que je suis un gros bébé, je me mets à pleurer encore plus.
Après ce qui semble être un long conciliabule sur que faire ?, la tête d’Erin à ma porte. « Celia, are you ok ? » « No ! It hurts… » Je sanglote encore un peu, j’essuie le mascara qui a dégeulassé toutes mes joues, et Lucy part me préparer une eau chaude trop bonne avec plein de gingembre plein de citron et plein de miel dedans, pendant que j’enfile mon pyjama. En plus du service au lit j’ai droit à un gros gros câlin (« Oooooh ! looks like a Kodak picture ! » - Erin attendrie) alors je pleure plus et je me rends compte que j’ai sommeil.
Sur ce je jure aux filles que je n’ai pas de fièvre (« You’re pretty warm though. ») vérifions tout de même. Mauvaise idée : je réussis à casser le thermomètre au mercure dans le lavabo (merde ! et les petits enfants pauvres qui vont peut-être boire cette eau !!!) (je pars à la collecte des petites billes) (oh ! ça se comporte bizarrement ! c’est fort rigolo dis donc) du coup nous décidons à nouveau que je n’ai pas de fièvre.
« It's in glass, so if you can handle it… » Erin me tend du Rescue remedy – to comfort and reassure. Rescue remedy is the Original Flower Remedy combination discovered by Dr Bach in the 1930s. Helps you cope in balancing life’s ups and downs.
… Je crois surtout que je vais aller me coucher.
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