Posés sur la « pelouse » du temple, fin d’après-midi un peu calme, un bouquin à la main. Nous nous reposons avant une semaine qui s’annonce sportive.
« Havre de paix » m’avaient vendu Flo et Hugo. Il est vrai qu’au moment où l’on franchit le seuil du temple, une énorme cloche à fromage semble s’abattre autour de nous, assourdissant le bruit de la rue.
En réalité, en guise de silence nous entendons le boucan de la circulation et les klaxons à peine étouffés des rickshaws…
Qu’importe, j’aime l’endroit.
Jeudi, 19h10. Premier jour en Inde. De juste à côté de l’appart’ montent des sons de cloches et de chants sacrés. A cette occasion nous prenons conscience de la présence d’un temple, accolé à l’un des côtés du bloc d’immeubles bas dans lequel nous logeons. (L’autre côté, le côté de nos toilettes, donne sur un terrain vague plein de déchets et de tôle ondulée rouillée. Dans lequel pataugeait, l’autre jour, une enfant maigre, les deux pieds immergés dans les ordures.)
Nous partons jeter un coup d’œil au temple.
Il s’agit de la cérémonie spéciale du Jeudi soir. Nous nous déchaussons à l’entrée, les chants sont très forts – on ne sait pas s’il s’agit d’une cassette. De temps à autres, un fidèle hindou va faire sonner la grosse cloche, celle qui est près de l’autel.
Au bout d’un certain temps un enfant à l’air sérieux, cheveu rat et Tshirt orange, nous apporte la flamme sacrée. Nous passons les mains au-dessus du chandelier doré et faisons le geste de nous asperger la tête. Un autre gosse d’environ 9 ans s’approche à son tour, le cheveu tout aussi rat, le Tshirt tout aussi orange, arborant un énorme sourire adorable et hilare qui mange son visage rondouillet. Celui-ci a un pot de peinture et un pinceau à la main, et nous voilà écopant d’un point ocre au milieu du front, juste entre les deux sourcils. A tous ceux qui s’inquiétaient de me voir revenir hindu style, il ne m’aura finalement pas fallu plus d’une demi-journée sur place pour en faire l’expérience J. Tant pis ! Mais qu’ils ne s’inquiètent pas, le tout part vachement bien à l’eau…
Subitement, la cérémonie s’interrompt au rythme des « ooh » et « aaah » faussement impatientés de la petite troupe des fidèles… Panne de courant, classique.
Nous sentant finalement un peu décalés, nous profitons de l’obscurité pour nous éloigner à petits pas. Mais un jeune homme - à qui Hugo a adressé quelques mots un peu plus tôt – nous rattrape et nous prie de rester. « There are going to be sweets. » Alors nous retournons nous asseoir contre le mur, en tailleur comme les mômes du mur d’en face.
Et la lumière fut.
Les chants reprirent instantanément (la théorie de la cassette audio sortant donc renforcée de l’épisode sus-narré), le défilé à la cloche également, et les sweets arrivèrent. Servis dans de petites gamelles en feuilles d’eucalyptus ( ?) séchées ; du riz, une espèce de pâte sucrée très dense (à la consistance de pâte d’amandes), de petites billes jaunes.
Nous avons été immédiatement resservis alors même que nos bols étaient à peine entamés. Une fillette, l’air ravie de nous voir là, nous a offert des demi-bananes délicieuses sorties tout droit d’un grand sac plastique. Tant de gentillesse nous faisait chaud au cœur.
Nous sommes finalement repartis, toujours à reculons (il ne faut pas tourner le dos à l’icône) - nos gamelles dans la main gauche, mangeant de la main droite - les doigts tout collants et tout collés.
J’ai mangé ma banane, fini le plat. Je me retrouve du même coup avec ces déchets encombrants à la main, n’en sachant que faire.
C’est à ce moment que je m’en suis aperçu… « Jette.» Moi : « Quoi ?? ».
Il n’y a pas de poubelles en Inde. C’est peut-être pour ça, la saleté décriée par quelques uns.
Du coup j’ai fait comme tout le monde : j’ai balancé ma peau de banane et ma gamelle vide, là, n’importe où, dans le bas côté…
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