Saturday, July 21, 2007

Arrivee, Pune, MAH, India.

Nous sommes Jeudi. Il est bientôt 5h du matin, je pose un pied dans l’aéroport de Mumbai. First thing je suis assaillie par une odeur de moquette humide mal séchée. La moiteur et la vétusté de l’endroit contrastent fort avec la sécheresse et le confort qatari.

A 5h30 ma Camoumou, je suis devant le tapis roulant, plantée au premier rang (j’ai vite compris qu’ici on joue des coudes ou rien). Je vis ces longues minutes d’angoisse durant lesquelles on se demande si cette fois ça y’est, la chance aurait-elle tournée car on ne voit pas son sac arriver.

Quelques minutes avant, dans l’avion posé au sol, le sourire de Sheryl (indienne de Goa immigrée à Doha) se décompose quand elle comprend que Flo et Hugo ne seront pas à Mumbai, mais à Pune. Dans le même temps mon propre sourire se crispe.
« Even me, and this is my country, I’m afraid to go outside. Bombay is dangerous !”
Au moment où je franchis la douane, après avoir échangé quelques dollars contre des rupies, je me fais hêler par plusieurs mecs derrière des stands-boutiques. J’avance droit devant quand, du coin de l’œil, j’aperçois l’enseigne jaune des pre-paid taxis. Je demande d’aller à Dadar, je paye, puis on me dit de faire le tour.


Et c’est là que je sors de l’aéroport. C’est là que je foule la terre indienne pour la première fois.On ne comprend pas une arrivée en Inde… C’est nulle part sur les photos, nulle part dans les films, ce n’est pas raconté, ce n’est pas racontable. On ne transmet pas ces choses-là, on ne peut que les vivre…
Je donnerais beaucoup pour revivre ces toutes premières secondes d’arrivée à Bombay. Ce vrai instant de pure surprise. La surprise qu’on ne s’invente pas pour soi-même, mais que l’on ressent réellement. Cette virginité de la surprise, qu’on ne recouvrera peut-être plus jamais. Ce réel nouveau que l’on ne pensait plus pouvoir connaître à l’heure de la mondialisation.


Quand je mets le pied hors de l’aéroport je ne suis qu’une passive éponge. J’absorbe et ne fais rien, je subis, je n’est plus vraiment je, car je n’est plus sujet mais objet.
Quand je mets le pied hors de l’aéroport tous mes sens sont assaillis, et ce le temps d’un battement de paupière. La vue surtout. En un éclair j’attrape la masse compacte d’indiens massés derrière les barrières, ocre foule qui brandit des cartons avec des noms. Toujours dans la même fraction de seconde je sais que je ne suis pas attendue, alors je relève un peu les yeux. Le ciel du petit matin (5h45 ?) est très gris et très lourd. Je m’aperçois qu’il pleut – pas beaucoup pour une mousson, juste une très grosse pluie française. Au second plan s’agitent les feuilles des palmiers, verts balanciers se découpant sur l’argent du ciel.
Dans la deuxième fraction de seconde, c’est l’odeur qui m’assaille. Je crois que c’est l’odeur indienne, je ne saurais la décrire. Une odeur douceâtre, avec un arrière fond de brûlé (caoutchouc brûlé peut-être).

La seconde s’écoule enfin, les autres vont s’enchaîner à toute vitesse. Mes yeux s’emplissent de larmes (« Ouah ! J’y suis ! Alors c’est ça l’Inde ? C’est ce ressenti-là ? ») un sourire se dessine sur mon visage (« Ouah ! C’est ça ?? » - le bonheur de la totale nouveauté) un homme me dit « Avancez ! Les pre-paid taxis c’est par là. », moi « Où ça, là ? ». Un autre m’enlève mon papier des mains, se saisit de ma valise, « this way ». Sous une pluie battante je me dirige vers les taxis jaunes et noirs. « Mon » chauffeur est un Sikh grisonnant au turban violet. Pas causant. Ca me va très bien.

J’ai l’impression de me trouver dans ce que j’imagine être un de ces vieux films coloniaux britanniques un peu ennuyeux. Je suis dans l’Inde coloniale des années 50.
Ma grand-mère a raison, je suis aux Indes…

Le jour est bien levé à Mumbai. Il pleut, on ne voit pas à 3 mètres devant, les phares et les obstacles (aka les autres usagers de la route) nous sautent au visage, même à notre faible allure.

Puis la pluie cesse. L’odeur caractéristique se fait plus forte. Il est 6 heures, il y a du monde mais raisonnablement (pas suffisamment en tout cas pour respecter les feux rouges) le soleil est plutôt haut dans le ciel, mais on ne le voit pas. Il y a pas mal de chiens – ocres, longs museaux et oreilles pointues. Il y a aussi pas mal d’enfants, de fillettes – nattes noires blouses bleues et cartables – qui se rendent à l’école.

Nous traversons deux bidonvilles, je me fais la réflexion que le taxi n’a pas intérêt à m’abandonner là.

Puis nous arrivons à Dadar, pour le bus (j’apprends plus tard que ce sont les « deluxe buses ») (c’est donc ça la bouteille d’eau (de 200 mL) le journal la clim ?) (le plastique sale sur le coin des sièges, les bâches bleues treillis aux fenêtres en guise de rideaux ?).
Mais les bâches bleues treillis ne sont pas plus moches que nos rideaux oranges, et les sièges sont plus conforts que dans les Eurolines.
Je suis de loin la seule Occidentale, et la seule fille aussi – plus ma voisine et une autre aussi je crois.
Je m’endors tout du long. Avant la pause pipi, après la pause pipi. A la pause pipi je comprends que je suis entrain de rater quelque chose, les paysages sont magnifiques – nuages blancs accrochés à ces montagnes/collines vert touffu.
Mais mes yeux se ferment tout seuls, j’ai le temps de voir passer le train, les gens debout tassés tout au rebord de la porte sans porte, puis je me rendors.


Finalement c’est l’arrivée à Pune, en plein centre quartier de la gare, qui est plus difficile.
Il y a des gens partout, on me dévisage, on passe et on repasse devant moi, j’observe les mouvements de gens, à peine mon portable dégainé un homme me tire. En fait il m’emmène un peu plus loin, à un gros téléphone rouge en plastique (genre Washington-Moscou en ligne directe). Puis soudain ils sont quatre cinq six, une demi-douzaine autour de moi pour m’aider à compose le bon numéro. Puis, au bout de quelques minutes, c’est la voix de Flo dans le combiné. Ils arrivent dans 30 minutes. Je remercie, la machine avale mes 1 Rupies (1€ = 56 Rs) puis je ne vois plus rien, je pense juste « aller s’asseoir là-bas, sur les bancs en béton ».

Alors je vais m’asseoir, j’observe et j’attends, sereine.

Quand Flo et Hugo vont arriver, nous ressortiront dans la rue, le monde partout partout partout, les auto rickshaws, le bruit. Nous nous engouffreront vite dans un auto, je ne comprends pas grand-chose au déroulement des opérations (« Le ‘mitter’ ? C’est quoi le ‘mitter’ ? »).
Tout va bien, je me sens bien, mais je crois que s’ils n’avaient pas été là j’aurais été tétanisée.
Quand on arrive en Inde et qu’on n’a rien à faire, pas d’endroit où aller, ça ne m’étonne pas qu’on se réfugie et qu’on se prostre. Ne plus bouger, laisser s’agiter autour de soi, ne surtout rien faire, ne pas remuer pour ne surtout pas influer sur le déroulement du cours des choses qui évoluent autour de soi. La peur de bouleverser un ordre inconnu, que des conséquences nous tombent dessus, s’abattent sur nos carcasses. Seuls, sans connaître, on n’ose pas. Par peur.

Mais moi ça va. Encadrée par Flo et Hugo dans le rickshaw, ils m’arrachent au quartier de la gare, ce quartier où l’on est constamment nez à nez avec quelqu’un. Mais vraiment nez à nez.


Ca y’est, je suis en Inde.

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