Tuesday, July 24, 2007

Tourista & Administration.

J’ai le cheveu sale et l’estomac retourné. Je vais bientôt achever mes premières 24h de turista.


Humeur assez irascible aujourd’hui. Il y a des jours comme ça, où le bruit incessant des klaxons vous porte sur le système.
Ici on klaxonne pour signaler sa présence derrière vous ; pour indiquer qu’on va vous doubler – par la droite, par la gauche, par-dessus même. Arf, si seulement c’était possible… ; pour vous demander de vous ranger (comme si vous ne saviez pas que oui, vous marchez au milieu de la chaussée, et alors ?) ; pour vous signaler que vous êtes posés au centre de la circulation, pile entre la file de gauche et celle de droite, pour vous indiquer qu’un pas de plus et vous êtes mort. Ecrasé. Comme si vous n’étiez pas conscients de ce flux incessant de rickshaws voitures bus scooters qui vous fonce dessus, mais quoi, il faut bien traverser un jour ou l’autre. Même si vous devez pour cela leur casser leur 32 km/h de moyenne.

Il faut bien traverser parce que vous devez vous rendre au Xerox, là, juste en face, service de photocopies. Vous devez vous rendre au Xerox parce que vous devez photocopier votre Form C. Parce qu’après avoir fait la queue au Desk 1, on vous a dit que vous n’aviez pas le tampon du Reception Desk sur votre Form C. Alors vous refaites la queue au Reception Desk pour avoir le tampon sur le Form C, et là l’employé de l’administration vous fait savoir que pour avoir son tampon sur le Form C, il lui faut aussi la photocopie de votre Form C.
C’est pour ça qu’il faut que vous traversiez la rue, à vos risques et périls, afin d’obtenir coûte que coûte LA photocopie. (Enfin… à 1 Rupee la photocopie, vous n’en faites pas qu’une ! A ce prix là vous prenez un petit lot de 5, pour la forme, et surtout pour ne pas vous faire rembarrer une millième fois à un quelconque Desk.)
Vous pouvez ainsi refaire la queue au Reception Desk, avoir votre tampon sur le Form C ET sur la photocopie du Form C (enfin… après la pause-thé de l’employé, qui vous regarde aussi placidement qu’une vache sacrée broute l’herbe de la fac. Vous n’échappez pas à quelques questions cruciales – la signature là en bas, c’est bien la signature de celui qui a mis son nom là-haut ? Et vous venez d’où ? Et vous allez dans quelle université ? Et vous n’avez pas de numéro de portable ? Et comment il s’appelle celui qui vous a signé la feuille ?) (Le tout pendant qu’une foule d’Iraniens piaffe derrière vous, et ils ont raison de vous détester, parce que vous les avez tous outrageusement doublés… indian style oblige.). Bref. Fier de votre photocopie tamponnée vous refaites pour la énième fois (vous ne comptez plus) la queue au Desk 1, où l’employé vérifie pour la énième fois votre tronche sur le passeport et votre visa (il ne le connaît pas encore par cœur ?). Et là vous êtes enfin autorisés à lui refiler vos 4 exemplaires du Form A, votre photocopie tamponnée du Form C, votre lettre de l’université, votre copie du passeport votre copie du visa, vos 4 photos d’identité. Libération. (J’avais tellement peur qu’on me refoule pour la douzième fois de suite que j’en avais des crampes d’estomac !)
La procédure s’est achevée par un très indien… « Come back in 3 weeks ! »

Ainsi, dans 3 semaines nous pourrons revenir chercher le papier de l’immigration. (A quel desk ?) Papier qui nous permettra à son tour d’ouvrir un compte en banque, et compte en banque qui nous permettra probablement à son tour de verser la caution pour la location de notre appartement définitif…


Demain.. Oui, demain est un autre jour. Demain nous retournons à la fac, pour réussir à leur payer les 250 US$ d’entrance fee. Nous affronterons donc ceci : http://www.dailymotion.com/relevance/search/india+university+pune+entrance+fee/video/x2m1os_entrance-fees-university-of-pune-in_people


Mais demain est effectivement un autre jour.

Sunday, July 22, 2007

Pataleshvara Cave Temple, Pune.

Posés sur la « pelouse » du temple, fin d’après-midi un peu calme, un bouquin à la main. Nous nous reposons avant une semaine qui s’annonce sportive.
« Havre de paix » m’avaient vendu Flo et Hugo. Il est vrai qu’au moment où l’on franchit le seuil du temple, une énorme cloche à fromage semble s’abattre autour de nous, assourdissant le bruit de la rue.
En réalité, en guise de silence nous entendons le boucan de la circulation et les klaxons à peine étouffés des rickshaws…
Qu’importe, j’aime l’endroit.


Jeudi, 19h10. Premier jour en Inde. De juste à côté de l’appart’ montent des sons de cloches et de chants sacrés. A cette occasion nous prenons conscience de la présence d’un temple, accolé à l’un des côtés du bloc d’immeubles bas dans lequel nous logeons. (L’autre côté, le côté de nos toilettes, donne sur un terrain vague plein de déchets et de tôle ondulée rouillée. Dans lequel pataugeait, l’autre jour, une enfant maigre, les deux pieds immergés dans les ordures.)
Nous partons jeter un coup d’œil au temple.

Il s’agit de la cérémonie spéciale du Jeudi soir. Nous nous déchaussons à l’entrée, les chants sont très forts – on ne sait pas s’il s’agit d’une cassette. De temps à autres, un fidèle hindou va faire sonner la grosse cloche, celle qui est près de l’autel.
Au bout d’un certain temps un enfant à l’air sérieux, cheveu rat et Tshirt orange, nous apporte la flamme sacrée. Nous passons les mains au-dessus du chandelier doré et faisons le geste de nous asperger la tête. Un autre gosse d’environ 9 ans s’approche à son tour, le cheveu tout aussi rat, le Tshirt tout aussi orange, arborant un énorme sourire adorable et hilare qui mange son visage rondouillet. Celui-ci a un pot de peinture et un pinceau à la main, et nous voilà écopant d’un point ocre au milieu du front, juste entre les deux sourcils. A tous ceux qui s’inquiétaient de me voir revenir hindu style, il ne m’aura finalement pas fallu plus d’une demi-journée sur place pour en faire l’expérience J. Tant pis ! Mais qu’ils ne s’inquiètent pas, le tout part vachement bien à l’eau…

Subitement, la cérémonie s’interrompt au rythme des « ooh » et « aaah » faussement impatientés de la petite troupe des fidèles… Panne de courant, classique.
Nous sentant finalement un peu décalés, nous profitons de l’obscurité pour nous éloigner à petits pas. Mais un jeune homme - à qui Hugo a adressé quelques mots un peu plus tôt – nous rattrape et nous prie de rester. « There are going to be sweets. » Alors nous retournons nous asseoir contre le mur, en tailleur comme les mômes du mur d’en face.

Et la lumière fut.
Les chants reprirent instantanément (la théorie de la cassette audio sortant donc renforcée de l’épisode sus-narré), le défilé à la cloche également, et les sweets arrivèrent. Servis dans de petites gamelles en feuilles d’eucalyptus ( ?) séchées ; du riz, une espèce de pâte sucrée très dense (à la consistance de pâte d’amandes), de petites billes jaunes.
Nous avons été immédiatement resservis alors même que nos bols étaient à peine entamés. Une fillette, l’air ravie de nous voir là, nous a offert des demi-bananes délicieuses sorties tout droit d’un grand sac plastique. Tant de gentillesse nous faisait chaud au cœur.

Nous sommes finalement repartis, toujours à reculons (il ne faut pas tourner le dos à l’icône) - nos gamelles dans la main gauche, mangeant de la main droite - les doigts tout collants et tout collés.


J’ai mangé ma banane, fini le plat. Je me retrouve du même coup avec ces déchets encombrants à la main, n’en sachant que faire.
C’est à ce moment que je m’en suis aperçu… « Jette.» Moi : « Quoi ?? ».

Il n’y a pas de poubelles en Inde. C’est peut-être pour ça, la saleté décriée par quelques uns.

Du coup j’ai fait comme tout le monde : j’ai balancé ma peau de banane et ma gamelle vide, là, n’importe où, dans le bas côté…

Saturday, July 21, 2007

Arrivee, Pune, MAH, India.

Nous sommes Jeudi. Il est bientôt 5h du matin, je pose un pied dans l’aéroport de Mumbai. First thing je suis assaillie par une odeur de moquette humide mal séchée. La moiteur et la vétusté de l’endroit contrastent fort avec la sécheresse et le confort qatari.

A 5h30 ma Camoumou, je suis devant le tapis roulant, plantée au premier rang (j’ai vite compris qu’ici on joue des coudes ou rien). Je vis ces longues minutes d’angoisse durant lesquelles on se demande si cette fois ça y’est, la chance aurait-elle tournée car on ne voit pas son sac arriver.

Quelques minutes avant, dans l’avion posé au sol, le sourire de Sheryl (indienne de Goa immigrée à Doha) se décompose quand elle comprend que Flo et Hugo ne seront pas à Mumbai, mais à Pune. Dans le même temps mon propre sourire se crispe.
« Even me, and this is my country, I’m afraid to go outside. Bombay is dangerous !”
Au moment où je franchis la douane, après avoir échangé quelques dollars contre des rupies, je me fais hêler par plusieurs mecs derrière des stands-boutiques. J’avance droit devant quand, du coin de l’œil, j’aperçois l’enseigne jaune des pre-paid taxis. Je demande d’aller à Dadar, je paye, puis on me dit de faire le tour.


Et c’est là que je sors de l’aéroport. C’est là que je foule la terre indienne pour la première fois.On ne comprend pas une arrivée en Inde… C’est nulle part sur les photos, nulle part dans les films, ce n’est pas raconté, ce n’est pas racontable. On ne transmet pas ces choses-là, on ne peut que les vivre…
Je donnerais beaucoup pour revivre ces toutes premières secondes d’arrivée à Bombay. Ce vrai instant de pure surprise. La surprise qu’on ne s’invente pas pour soi-même, mais que l’on ressent réellement. Cette virginité de la surprise, qu’on ne recouvrera peut-être plus jamais. Ce réel nouveau que l’on ne pensait plus pouvoir connaître à l’heure de la mondialisation.


Quand je mets le pied hors de l’aéroport je ne suis qu’une passive éponge. J’absorbe et ne fais rien, je subis, je n’est plus vraiment je, car je n’est plus sujet mais objet.
Quand je mets le pied hors de l’aéroport tous mes sens sont assaillis, et ce le temps d’un battement de paupière. La vue surtout. En un éclair j’attrape la masse compacte d’indiens massés derrière les barrières, ocre foule qui brandit des cartons avec des noms. Toujours dans la même fraction de seconde je sais que je ne suis pas attendue, alors je relève un peu les yeux. Le ciel du petit matin (5h45 ?) est très gris et très lourd. Je m’aperçois qu’il pleut – pas beaucoup pour une mousson, juste une très grosse pluie française. Au second plan s’agitent les feuilles des palmiers, verts balanciers se découpant sur l’argent du ciel.
Dans la deuxième fraction de seconde, c’est l’odeur qui m’assaille. Je crois que c’est l’odeur indienne, je ne saurais la décrire. Une odeur douceâtre, avec un arrière fond de brûlé (caoutchouc brûlé peut-être).

La seconde s’écoule enfin, les autres vont s’enchaîner à toute vitesse. Mes yeux s’emplissent de larmes (« Ouah ! J’y suis ! Alors c’est ça l’Inde ? C’est ce ressenti-là ? ») un sourire se dessine sur mon visage (« Ouah ! C’est ça ?? » - le bonheur de la totale nouveauté) un homme me dit « Avancez ! Les pre-paid taxis c’est par là. », moi « Où ça, là ? ». Un autre m’enlève mon papier des mains, se saisit de ma valise, « this way ». Sous une pluie battante je me dirige vers les taxis jaunes et noirs. « Mon » chauffeur est un Sikh grisonnant au turban violet. Pas causant. Ca me va très bien.

J’ai l’impression de me trouver dans ce que j’imagine être un de ces vieux films coloniaux britanniques un peu ennuyeux. Je suis dans l’Inde coloniale des années 50.
Ma grand-mère a raison, je suis aux Indes…

Le jour est bien levé à Mumbai. Il pleut, on ne voit pas à 3 mètres devant, les phares et les obstacles (aka les autres usagers de la route) nous sautent au visage, même à notre faible allure.

Puis la pluie cesse. L’odeur caractéristique se fait plus forte. Il est 6 heures, il y a du monde mais raisonnablement (pas suffisamment en tout cas pour respecter les feux rouges) le soleil est plutôt haut dans le ciel, mais on ne le voit pas. Il y a pas mal de chiens – ocres, longs museaux et oreilles pointues. Il y a aussi pas mal d’enfants, de fillettes – nattes noires blouses bleues et cartables – qui se rendent à l’école.

Nous traversons deux bidonvilles, je me fais la réflexion que le taxi n’a pas intérêt à m’abandonner là.

Puis nous arrivons à Dadar, pour le bus (j’apprends plus tard que ce sont les « deluxe buses ») (c’est donc ça la bouteille d’eau (de 200 mL) le journal la clim ?) (le plastique sale sur le coin des sièges, les bâches bleues treillis aux fenêtres en guise de rideaux ?).
Mais les bâches bleues treillis ne sont pas plus moches que nos rideaux oranges, et les sièges sont plus conforts que dans les Eurolines.
Je suis de loin la seule Occidentale, et la seule fille aussi – plus ma voisine et une autre aussi je crois.
Je m’endors tout du long. Avant la pause pipi, après la pause pipi. A la pause pipi je comprends que je suis entrain de rater quelque chose, les paysages sont magnifiques – nuages blancs accrochés à ces montagnes/collines vert touffu.
Mais mes yeux se ferment tout seuls, j’ai le temps de voir passer le train, les gens debout tassés tout au rebord de la porte sans porte, puis je me rendors.


Finalement c’est l’arrivée à Pune, en plein centre quartier de la gare, qui est plus difficile.
Il y a des gens partout, on me dévisage, on passe et on repasse devant moi, j’observe les mouvements de gens, à peine mon portable dégainé un homme me tire. En fait il m’emmène un peu plus loin, à un gros téléphone rouge en plastique (genre Washington-Moscou en ligne directe). Puis soudain ils sont quatre cinq six, une demi-douzaine autour de moi pour m’aider à compose le bon numéro. Puis, au bout de quelques minutes, c’est la voix de Flo dans le combiné. Ils arrivent dans 30 minutes. Je remercie, la machine avale mes 1 Rupies (1€ = 56 Rs) puis je ne vois plus rien, je pense juste « aller s’asseoir là-bas, sur les bancs en béton ».

Alors je vais m’asseoir, j’observe et j’attends, sereine.

Quand Flo et Hugo vont arriver, nous ressortiront dans la rue, le monde partout partout partout, les auto rickshaws, le bruit. Nous nous engouffreront vite dans un auto, je ne comprends pas grand-chose au déroulement des opérations (« Le ‘mitter’ ? C’est quoi le ‘mitter’ ? »).
Tout va bien, je me sens bien, mais je crois que s’ils n’avaient pas été là j’aurais été tétanisée.
Quand on arrive en Inde et qu’on n’a rien à faire, pas d’endroit où aller, ça ne m’étonne pas qu’on se réfugie et qu’on se prostre. Ne plus bouger, laisser s’agiter autour de soi, ne surtout rien faire, ne pas remuer pour ne surtout pas influer sur le déroulement du cours des choses qui évoluent autour de soi. La peur de bouleverser un ordre inconnu, que des conséquences nous tombent dessus, s’abattent sur nos carcasses. Seuls, sans connaître, on n’ose pas. Par peur.

Mais moi ça va. Encadrée par Flo et Hugo dans le rickshaw, ils m’arrachent au quartier de la gare, ce quartier où l’on est constamment nez à nez avec quelqu’un. Mais vraiment nez à nez.


Ca y’est, je suis en Inde.

Thursday, July 12, 2007

Camping(s) (l’un des), Les Vignes, Lozère, France

Petit coup de mou tout-à-l’heure, dans la soirée. Entre la douche et le dîner…
Et puis « on » finit par l’oublier. En profitant du ciel bleu au-dessus de nos têtes, du douillet des tentes, de la douceur de s’isoler avec sa lampe, tout en entendant les autres, dehors, discuter autour de quelques bougies… faible lueur.
Le boucan du Tarn en contrebas, les gorges encaissées, la roche parfois à nue qui s’érode, et surtout la végétation, si verte, si présente.


En marchant dans les sous-bois je pense à l’Indonésie, en pagayant dans le Tarn, je pense aux backwaters du Kerala. Et en entendant le cricri des cigales, depuis notre clapotis d’eau… je pense au Cap, à la Méditerranée, au soleil.
Aux gens que j’aime, qui me sont si proches, qui comptent tant. De façon indifférenciée, comme un petit amas, un amas précieux, présent ici dans un coin de mon cœur. Ce coin qui pince un peu, parfois, en entendant le cricri des cigales. Comme si ce coin n’était déjà plus là…

Pourtant je sais que la distance ne devrait pas amoindrir, détruire cette indispensable présence. Présence que l’on ne ressent finalement que dans l’absence.


Je crois qu’il devient bientôt temps de partir.

Tuesday, July 10, 2007

Severac-le-Chateau (ou pas tres loin), Aveyron, France


« Deviens ce que tu es, fais ce que toi seul peut faire. »
F. Nietzsche



Je pars en Inde devenir ce que je suis…

Au lieu de rêvasser au voyage, aux Grands Voyages, je pars le vivre. Au lieu de me prendre à espérer d’ailleurs, je vais à l’assaut de l’Ailleurs.
Apprendre à mieux me connaître, tester mes limites, les repousser jusqu’à les atteindre.


C’est l’Inde.


Cette citation de Nietzsche, je l’ai sous les yeux, là, scotchée sur la porte de la chambre de Marion.
Nous partons pour une rando de 4 jours dans le Tarn. Ma première randonnée, un premier rêve qui se concrétise.
Et c’est cette petite phrase, ce petit rien (pardon pour le philosophe) qui va enfin débloquer l’écriture, qui va lever le barrage qui retenait ce flux de sentiments qui m’assaille mais que je ne pouvais transcrire.
Les pleurs et la joie à la fête de Guillaume, le départ bousculé pour Saint-Germain, le départ bousculé de Saint-Germain, la chaîne humaine de mes cousines… Vite, prendre vite la route. Lancée sur la nationale, les nuages menaçants devant moi, les champs autour, la musique à fond. Peu à peu, mon angoisse s’envole.


Partie.