Saturday, December 15, 2007

Suite.

Vous n’auriez pas manqué de vous rappeler qu’avant de partir 5 semaines sur les routes, nous nous sommes fait voler nos ordinateurs portables. Et qu’il y a encore plus a raconter que ce qui en a deja ete dit…
Apres les episodes 1 (trouver le bon commissariat) et 3 (se rendre au marche noir) voici :

Les aventures de Fox et Charlie – sur les traces des laptops voles.
Episode 2 : Cours preparatoire.

Rappel des faits : le Vendredi nous reussissons a trouver quel commissariat va s’occuper de nous. Le Dimanche nous partons en enquete de terrain au marche noir.
Entre les deux, il a fallu aller faire rediger une declaration de vol.

C’est donc en ce Samedi que nous sommes retournees voir nos amis les flics pour avoir nos declarations de vol redigees, histoire de faire jouer l’assurance.
L’episode n’est pas tres long a narrer (meme s’il fut long, tres long a vivre) (je dirais au bas mot 2h30).
Qu’est-ce qui a pris du temps ? La redaction (a la main, et en Marathi bien sur !) de la declaration. Mais surtout : faire comprendre nos noms aux policiers… (Notamment Flo bien sur, qui porte un nom russe : un ‘z’, des consonnes qui s’enchainent, un ‘k’, un ‘y’ etc.) En moyenne cette operation nous a pris 1h.
Je tiens tout de meme a dire que nous avions nos copies de passeport, et qu’il suffisait donc a l’inspecteur de recopier. Mais non ! il voulait l’ecrire en alphabet nagari. Soit.
Et surtout surtout, il voulait… de l’argent, avons-nous fini par comprendre (franchement, c’etait pas possible d’avoir l’air aussi idiot sans le faire expres).
Tout s’est ainsi plus ou moins debloque quand je l’ai regarde dans le blanc des yeux – ‘We won’t give you any money now.’ – et quand Flo s’est emparee du stylo pour leur donner une petite lecon d’ecriture… a mourir de rire ! En attendant Fox et Charlie ont donc ete rebaptisees
Pour finir (et pour faire la paix) nous nous sommes vues offert un chai, pendant que les flics finissaient leur job.

Place maintenant a l’
Episode 4 : Rendez-vous.

Nous sommes maintenant Lundi.
Il est 20h30, nous avons rendez-vous au CCD (Café Coffee Day) de MG Road, avec un inconnu qui nous a rappele du Juna Bazaar. Il a un laptop pour nous, c’est un HP. Celui de Flo ?
Il finit par arriver avec une heure de retard, blouson, pochette avec l’ordi. Il prend une chaise, s’assied, deballe la marchandise.
… mauvaise pioche ! Ce n’est pas notre ordi.
On discute prix, prenons l’air interesse.
‘If you want more, I can have more. My friend will be back from the United Arabic Emirates in few days. It’s where we get the things.’
Il remballe l’ordi, sert des mains, et repart aussi sec.

Snif. Nous ne sommes toujours pas tombes sur le reseau mafieux de Bhau patil road !

Tuesday, December 4, 2007

Varanasi.

Je suis partie en Inde sans rien en savoir que quelques documentaires d’Arte tronques. Suffisamment cependant pour connaitre l’existence de Varanasi et ne pas vouloir y aller, pas assez donc pour etre atteinte par le mythe.
Je me suis demandee ce que vient chercher un touriste a Varanasi. Pourquoi y est-on ? Pour y voir quoi ? Se confronter a quoi ?
Aller a Varanasi me semblait voyeur et morbide.

* * *

Le train, comme toujours, a pris son temps pour y arriver. Apres de multiples arrets au milieu de nulle part, nous sommes entres dans une gare, pas trop grande ni trop frenetique, sous un ciel gris plombe et une petite bruine.
Jamais je n’aurais cru que nous venions d’entrer en gare de Varanasi.

Du haut de notre rickshaw-cyclo la ville ne m’a deja pas semblee ordinaire. Je ne saurais l’expliquer, ce n’etait juste pas pareil.
Pour la premiere fois depuis des semaines il n’y avait pas de ciel bleu au-dessus de nos tetes, mais un gris perle bouche et lumineux, une petite pluie qui venait de tomber.

Nous avons cherche la guest house dans les rues de la vieille ville, et soudain, c’est comme si nous l’avions senti. Le Gange, juste la, derriere le muret.
Et voir ce fleuve, si large, si immobile, imposant et paisible, ca c’etait magique.

***

Ce matin, le soleil est revenu.
A 6h30 il apparaissait derriere la berge – rouge sanguinolent.
A 10h30 il est haut dans le ciel et chauffe, et le ciel est bleu au-dessus de ma tete, et brumeux au-dessus du Gange.

* * *

Je ne sais toujours pas ce qu’un touriste vient chercher a Varanasi. L’ambiance de la ville, bien que touristique, reste tres particuliere et magique, les prieres au Gange une fois le soir tombe, les pujas* - petites flammes tremblotantes qui brillent sur le fleuve une fois la nuit venue.
Le monde, le Gange degueulasse dans lequel on a pieds meme en plein milieu, tous ces bateaux a rames, rencontre avec un viel homme au-dessus des buchers crematoires, la ou les rives du fleuve sont noires de cendres mouillees et oranges de colliers de fleurs rituels.
Le vieil homme voit Shiva** apparaitre, parfois, la nuit. Il me raconte Varanasi.
Entre temps, en bas, sur les ghats, le pied qui depassait du bucher est tombe. Heureusement quelqu’un a ramene du bois du feu mourrant d’a-cote. Et j’ai trouve ca gentil, parce que le bois de la cremation coute cher (entre 1000 et 2000 Rs minimum pour les 3 heures de feu necessaires a bruler un corps) et qu’il n’y a pas de raison de partager sa part durement acquise.


* offrandes (pour les prieres)




Friday, November 23, 2007

de Jaisalmer

Mercredi 21 Novembre, a Udaipur - coucher de soleil.
J'ai laisse le reste du groupe aller se poser dans un parc. De mon cote je m'assieds sur un banc, au bord des Ghats. Bruits sourds des dhobi-wallahs qui battent le linge sur les marches de beton, tout resonne pres du fleuve et on entend a peine le bruit de la circulation. Au-dessus de ma tete le bruissement agacant des ailes des pigeons qui volent dans l'air immobile. Un jeune garcon qui m'approche, son petit frere dans les bras : "Hungry baby". Soudain, le son d'une planche a roulettes. C'est le moyen de locomotion des amputes des jambes.
Les Ghats sont plutot paisibles - a part ces maudits pigeons. Le lac en lui-meme est sale et plein d'algues vaseuses. Odeurs.
Partout autour d'Udaipur s'elevent des montagnes - paysage apaisant, j'aime qu'il nous rappelle notre insignifiance.
Peu a peu le soleil disparait derriere les batiments blancs et cremes de la ville, la tete d'un autre touriste surgit dans le cadre de vision de mon appareil photo.
Il y a 600 000 habitants a Udaipur, 20% de touristes - dont un sur deux est Francais.
Je rentre a la guest-house, les plumes des pigeons me font mal aux yeux.

Jeudi 22 Novembre, 3e jour a Udaipur.
... et il n'y a deja plus rien a y faire.
C'est un peu ca les jolies villes du Rajasthan : on en a vite fait le tour et le harcelement touristique rend les vieilles villes peu reposantes.
Nous trainons a la guest house, qui avec le Monde, qui avec le Courrier international - je deploie un Canard enchaine, Gautier ressemble a un lion en cage.

Sur les coups de 15h un genie nous fait decoller pour ‘Tiger Lake’, a 8Km de la ville. Les paysages sont magnifiques et nous sommes rapidement eloignes du tumulte.
Tiger Lake. Il n’y a personne, le soleil est deja bas dans le ciel. Le lac est superbe, entoure de collines montagneuses dechiquetees. Nous commencons a en faire le tour.
‘J’ai pas l’impression d’etre en Inde.’ Nous le pensions tous tout bas. Il n’y a pas un bruit, pas un sac plastique qui ne traine, pas une odeur. C’est comme si tous nos sens etaient anesthesies, ne nous laissant plus que la vue pour contempler la nature epoustouflante.
Le chemin s’arrete, nous grimpons au milieu des cactus. Arrives a une bergerie en ruine, au sommet de la montagne, un tout autre paysage se devoile a nos yeux, s’etend sous nos pieds. Des chaines de montagnes vallonees au loin, le lac qui s’emboucle de tout un tas de meandres compliques et tortueux.
Le groupe se divise. Gautier Josephine et moi continuons, Francois Sam et Flo rebroussent chemin. Je suis soulagee que d’autres veuillent continuer. Je deteste retourner sur mes pas…





Nous escaladons, grimpons, redescendons, glissons dans la poussiere, marchons sur des epines de cactus sechees qui se plantent dans nos pieds (particulierement mon cas : je suis en tongs Tribord).
Soudain nous tombons sur une route en construction qui desert des carcasses de maisons fantomatiques : armatures de beton. ‘A new resort is being built.’ Maisons de campagne pour riches Indiens ou complexe touristique ? Quel gachis…

Nous arrivons finalement dans la vallee, de l’autre cote de la montagne. Puis pres d’un marecage ou se baignent une poignee d’enfants tout nus qui s’envolent en une nuee piaillante et joyeuse a notre approche. ‘Je crois que nous venons de perturber un eco-systeme…’.
Jusqu’au moment ou l’on s’enfonce dans la gadoue, ou mes tongs ne se decollent plus de la terre detrempee… je m’extirpe du bourbier pieds nus.
Quand je remets mes chaussures impossible de marcher, mon pied pivote. J’essaye d’essuyer les tongs, une maman envoie sa fille me remplir une bouteille d’eau du marais. Comme ca ne suffit pas a retirer la boue qui m’empeche de marcher, un homme qui passait par la m’enleve les chaussures et part me les rincer directement et consciencieusement. Je me sens affreusement genee.
Les trois adultes ne parlent pas Hindi. Jo comprend quand meme un peu, nous expliquons que nous voulons repasser de l’autre cote de la montagne pour finir le tour du lac. L’homme ouvre la marche, les enfants et les deux femmes la ferment.

Nous arrivons dans un petit village improbable, love entre deux montagnes, ou s’entassent baraques et chevres. L’homme nous conduit a travers les maisons, s’excuse d’avoir bu, nous amene au sommet de la colline. Nous remercions, sourions, saluons, il nous touche les pieds, nous nous sentons deplaces et ne savons pas comment reagir, resaluons, resourions, et redescendons enfin, du cote du lac principal.

Il est 17 heures. Le soleil disparait derriere les montagnes dans notre dos, teintant d’orange le paysage en face de nous. Le ciel est tres bleu. La Lune, fantomatique, se leve deja.
Moments de calme et beaute, serennite, plenitude.



***


Nous avons retrouve le tumulte et les gens a l’arrivee a Jaisalmer. Les gens a la sortie du bus qui te sautent dessus pour une chambre, un rickshaw, que sais-je.
Nous traversons la rue pour prendre un chai, ils sont 24 autour de nous a nous harceler. 24 c’est presque une classe entiere de college… Le harcelement est tel que le gouvernement envoie l’armee a la descente des bus et des trains, pour proteger les touristes et repousser les ‘businessmen’ (‘Why are you angry Ma’am? This is my job! Come to my hotel.’)

Pourtant Jaisalmer est magnifique, probablement la ville qui me plait le plus depuis que nous sommes ici, au Rajasthan.
Entierement jaune, construite de pierre de sable, se detachant sur le bleu du ciel.
Nous sommes dans le desert…

Thursday, November 15, 2007

de Jodhpur - Trajet, 1ere partie.

Nous sommes le jeudi 8 Novembre.
La journee en serait presque stressante. Il faut faire les sacs, ranger nettoyer et boucler l'appart, aller retirer des sous, finir de payer mon billet d'avion pour Singapour en Fevrier, quelques allers-retours en scooter, Zohreh qui m'aide a preparer un semblant de pique-nique.

18h15. Central Pune, bus station. Nous sommes en retard, le car aussi. Un vieu machin tout rouille qui nous aurait fait peur s'il avait fait jour, mais au moins c'est un vrai sleeper. Nous sommes juste au-dessus des roues, la route est defoncee, parfois on dirait meme que des mines ont saute par ici. Qu'a cela ne tienne, musique dans les oreilles, tete dans les etoiles : accoudee a la fenetre ouverte je laisse defiler devant mes yeux le noir paysage. Maharashtra Madhya Pradesh, le soleil qui se leve, "Alors ca ressemble a ca le Madhya Pradesh ?", c'est sec, rocailleux, lunaire, il n'y a rien ni personne (du moins pas grand chose) et les quelques arbres qui bordent la route ont des allures fantomatiques dans la lumiere du petit matin.

Nous arrivons finalement a Indore, vers 10h. On dirait une ville de campagne, il fait chaud, j'ai le soleil dans la figure, mon sac me tire sur les epaules.
Soudain des papillons dansent devant mes yeux, des points noirs s'y melent. Toujours plus. Ca ne passe pas, j'ai envie de vomir, je m'assieds.
Tout devient tres lumineux et tres noir en meme temps, je m'allonge sur un banc, je ne vois plus rien du tout. Il y a beaucoup de bruit, pas tant de monde que ca, quelqu'un fait bruler du plastique derriere moi. Finalement une petite Bisleri bien glacee et un caramel plus tard et ca repart, meme si tout reste trop lumineux et trop constraste pendant un moment. J'ai l'impression de me trouver dans l'une des photos de Gautier, il y a des anges partout.

Il n'y a pas grand chose a faire a Indore, a part essayer de se sustenter, acheter des billets de train pour en repartir, etre devisage (et devisager ?) et faire une ballade dans la ville pour tuer le temps. Les routes sont parfois en terre, l'unique attraction (un palais) est fermee (uniquement aux touristes) pour Diwali, des champs de linge qui seche, il y a pas mal de chevres et un slum au milieu - c'est la capitale economique du Madhya Pradesh...

16h20 - notre train est pile a l'heure. Delhi nous voila !

Tuesday, November 6, 2007

Marche noir.

Les aventures de Fox et Charlie – sur les traces des laptops voles.
Episode 3 : Juna bazaar.

Renseignements pris, le marche noir de Pune est le Juna bazaar (officiellement marche aux puces).
Bien evidemment notre petite equipee est loin de se trouver sur les lieux a 10h…

La journee commence a 10h30, quand Flo et moi nous faisons lamentablement lacher par les flics. Ils ne sont que deux ce matin-la, en uniforme de surcroit, et n’ont aucune intention de diminuer leurs effectifs de moitie pour courir après deux laptops irretrouvables.
Fox et Charlie se rendent donc au Amar Paradise, aka : vont piteusement sonner chez Francois – et le reveiller par la meme occasion…
Il est 11h30, Zohreh se reveille a son tour et manifeste son envie de nous accompagner.

13h. Nous penetrons au Juna bazaar.
Il fait chaud, Flo Zohreh et Francois marchent dans une crotte humaine (tous du pied gauche heureusement), je rigole, je transpire, il y a beaucoup de gens et de vieilleries.
Les vieilleries cotoient des affaires et chaussures bien trop neuves pour etre legales, tout est a meme le sol et la circulation se fait dans des allees tres etroites, nos tetes raclent les baches qui servent de toit.
Petit a petit nous nous enfoncons de plus en plus sur la droite, vers les baraques en dur – bouts de tole ondulee assembles. Des vieux ecrans de Minitel s’entassent a cote de grosses chaines rouillees et autres pieces metalliques d’usage totalement non-identifie.
Nous demandons les laptops, les gens sont plutot mefiants. ‘For the laptops come tomorrow.’ Nous laissons notre numero ici et la, promettons un bon prix pour un laptop second hand qui tienne la route. Dans une allee reculee odeur de colle fondue, deux ados autour d’un brasero.
Nous ressortons et rejoignons le coeur du bazaar.

C’est alors que nous tombons sur un stand d’objets electroniques tombes du camion.
‘Laptops?’
‘Laptops nahii.’
On insiste.

C’est alors que…
‘Come.’
Une jeune femme en punjabi bleu nous fait sortir du bazaar. On traverse la route, tiens ! un slum en face. Nous avons perdu Francois et Zohreh. Qu’a cela ne tienne…
Nous suivons la jeune femme, entrons dans le slum. Je place ma dupatta sur ma tete, Flo se voile a son tour avec son echarpe.
Les gamins qui jouent, les chevres qui trainent, les femmes qui font la vaisselle… Je ne suis pas trop capable d’en dire plus, nous evitons de laisser trainer notre regard comme si nous etions au zoo. Scenes de vie.
Apres quelques tours et detours, nous arrivons a une sorte de magasin d’electronique au centre du slum.
L’homme n’a qu’un laptop, bien sur ce n’est pas un des notres, il est minuscule.
Nous demandons s’il n’en n’a pas de plus grand. Non, mais on peut noter notre demande dans son cahier, avec notre numero de telephone. La jeune femme nous explique :
“Tell us what you want. Every Thursdays we go to Bombay and purchase the items.”
Echec et mat. Flo et moi remercions ; ce n’est pas ici que nous retrouverons nos portables…

Friday, November 2, 2007

Commissariats.

8h06. Le reveil sonne, je reussis a m’extirper de mon lit.
Dans la chambre des filles, le lit d’Erin est vide. “Eh ! Flo ! Tu sais pas quoi ??? Le lit d’Erin est vide, hehe” “Naaan ?” *air hilare*
Sur ce Flo saute sous la douche tandis que je me dirige d’un pas ensomeille vers la cuisine, objectif : Nescafe.

Ce matin on traine pas.
Parce qu’a 9h nous devons etre en socio. Au menu: expose sur le research term paper que nous avons rendu (et redige ! …) mardi.
Je ne suis pas allee jusqu’a preparer des notes, je n’ai pas de copie de mon paper. J’essaye de connecter deux neurones pour inventer un expose de 10 minutes dans ma tete, quand soudain l’un de mes arguments echappe a ma cervelle de poisson rouge. Qu’a cela ne tienne, j’ai encore 5 minutes pour allumer l’ordi et relire mon paper.
Mais ou est l’ordi ?
Pas dans le salon, pas dans la chambre…
“Flo, t’as pas vu mon ordi ?” “Nan.”

“Merde ! Et le mien n’est pas la non plus ! Ni mon iPod !!!”

*regards convergents vers la porte qui s’entrouvre toute seule*…

#interlude#
De la connerie incarnee, ou le systeme indien de fermeture de porte.
Dans notre residence, les portes sont de simples planches de contreplaques munies de 3 gonds. Pas de penne, simplement un verrou a l’exterieur, et un a l’interieur. C’est-a-dire que quand quelqu’un part et que d’autres sont a l’interieur, il est necessaire (mais suffisant) que ceux de l’interieur ferment la porte. Sinon soit elle reste ouverte (et s’entr’ouvre a cause des courants d’air) soit les autres de l’interieur sont enfermes de l’exterieur. (Vous ne suivez pas ?)

Ainsi, ce qu’il s’est passé ce matin : Erin est sortie sur les coups de 8h faire quelques courses. Je me suis levee a 8h06.
Dans l’intervalle un couillon est entre dans l’appartement et s’est servi. 2 ordis et un iPod donc, enfin grand seigneur, ladite personne a laisse a Flo son cahier d’anthropo delicatement pose sur le sofa. Quelle elegance…

S’ensuit une periode de grande colere chez Flo, et de totale apathie de mon cote. Bien sur je n’ai fait aucune sauvergarde, j’ai perdu toutes mes photos, la musique et, accessoirement les research term papers entames… Mais je ne realise pas grand chose, tout ca me passe completement au-dessus de la tete.

C’est a ce moment précis que peuvent commencer
Les aventures de Fox et Charlie – sur les traces des laptops voles.
Episode 1 : Les police stations.
Par un pur hasard (surement) l’Akanksha B est completement desert ce matin-la. Pas une madame qui nettoie le parvis de l’entrée, pas de watchman, pas de gamins qui zonent dans les parages.
Au 6eme - equivalent des chambres de bonne - un homme entre deux ages, une serviette autour des hanches : il n’a rien vu. Dans les escaliers qui menent au toit, une superposition pas croyable de boites en carton en tout genre et d’objets degueulasses qui s’entassent jusque sur la terrasse du top floor. On souleve quelques chiffons crados, mais pas de traces de laptops (en meme temps ils n’allaient pas non plus nous sauter au visage).
Au final juste le scooter de Flo eventre sur le sol… J’essaie de la calmer, ce n’est probablement qu’un hasard (encore un !).

Nous enfourchons ledit scooter, recuperons Leila au passage. Fox et Charlie ne doivent pas oublier leur premiere mission du matin : se rendre en socio et faire leur expose.
Bien sur nous arrivons avec un quart d’heure de retard - alors meme que nous etions absentes la veille pour cause (officielle) d’aller-retour a l’hopital, parce que Flo avait mal au pied après s’etre fait tomber son ordinateur dessus (du temps ou elle l’avait encore). En realite nous nous sommes rendormies et Flo n’est allee a l’hopital qu’a 17h, mais ceci est une autre histoire.
Bref bref, Fox et Charlie entrent en tourbillon en classe, ecrivent un petit mot a Sharmila. Trop gentille, elle nous fait passer en premier pour les exposes. D’un coup je me sens mal et j’ai les larmes aux yeux. Je me vois dans quelques secondes en face de cette classe qui devient une foule hostile, incarnant tous les mechants enfants de notre voisinage. Au final l’expose est expedie en 9 minutes top chrono, devant une classe redevenue une classe de socio - endormie et inoffensive.

Sur un signe de tete de Sharmila Flo et moi repartons aussi sec, sous les yeux epoustoufles de tout le monde (ils doivent probablement nous hair d’avoir reussi a echapper a deux séances sur trois de 3h d’exposes soporifiques).
En route pour la mission du matin numero 2 (qui ne s’achevera que tard dans l’apres-midi).

Nous resautons sur notre scooter, direction l’appartement. Nous interrogeons Erin (elle a croise un gamin assit sur les marches du 4eme quand elle est partie pour ses courses matinales). Interrogatoire des voisins et autres gens qui trainent dans la residence, plutot limite ceci dit car il se fait en Hindi…
Finalement, après deux clopes et un jus de pomme, nous partons pour l’Internet café raler chez Rohit. Quelques coups de fil plus tard et ses potes du slum sont sur le coup. Ils essaieront d’entendre parler de nos laptops pendant la journee et nous previendrons au cas ou…
Sur ce nous reresautons sur le scooter, direction Brahmin chowk police station, sur les conseils d’Aamanee. (Oui, tout le monde sera progressivement mis dans le coup…)
Apres quelques petits allers-retours dans DP Road, et bien sur quelques avis contradictoires, nous arrivons dans un batiment que nous croyons etre le commissariat. Mais en fait non c’est pas la, c’est en face.
Nous repartons. Soudain, un homme nous court après, “Where do you live?”. “Bhau patil Road”. Ah. Du coup ce n’est pas a cette police station que nous devons nous rendre, mais a la Khadki police station.
Fort bien, Fox et Charlie rereresautent sur le scooter.

J’abrege.
La Khadki police station est perdue au milieu de l’un des quartiers musulmans de la ville. Nous slalomons entre les gens et les vaches, les rues sont tortueuses et tres tres tres etroites, l’effervescence a son maximum : c’est un petit village dans la ville.
Au commissariat personne ne parle Anglais, nous comprenons juste qu’ici ce n’est pas le bon endroit, nous devons nous rendre ailleurs.
Quelque part sur la Mumbai-Pune highway, pres de la All-Saints Highschool…

Quand nous trouvons enfin le ‘bon’ commissariat…
# nous nous rendons compte qu’il se trouve juste derriere la maison, au bout d’Aundh Road, et qu’on a fait un fantastique detour de plusieurs bornes pour rien
# un flic nous ecoute vaguement, nous regarde, sourit, “But what can police do for you?” C’est bien ce qu’on pensait…
Au final nous insistons un peu, verdict : quelqu’un va venir avec nous. Ok, pour faire quoi ? Ben pour voir, et on prendra une decision après. Euh, et on y va comment ? Le flic “Bike. You?” “We have a scooter.” “Theek hai. Chalo then.”
Et on est partit : Rambo chausse ses Rayban, et Flo et moi rererereresautons sur le scooter…

interlude #2
Rappel : le scooter est un Kinetic des ‘80s. Aucune de nous deux n’a de permis de conduire, nous n’avons pas les papiers du scoot parce qu’ils n’existent pas (scooter vole ?), Flo est la seule a avoir un casque.
Rappel 2 : nous partons accompagne de notre escorte policiere.
/interlude #2

Apres quelques slaloms, doublages par la droite, par la gauche, contresens et franchissement de ligne blanche pour eviter les trous de Bhau patil Road, nous finissons par enfin arriver a l’Akanksha B avec le flic.
Il est 14h19, Rambo penetre enfin sur les lieux du crime…

Il monte au 5eme, jette un coup d’oeil a l’appart, aux voisins, a la configuration, analyse la situation, redescend, rechausse ses lunettes… nous rerererereresautons sur le scooter, partons faire de l’essence, nouveau contresens, et Rambo nous amene a un autre commissariat (mais combien y en a-t-il exactement ???). Celui-ci est encore plus pres de la maison, et nous sommes deja passes des milliers de fois devant…
Nous sommes amenees directement chez l’inspecteur (bureau fortdepouille) (euphemisme) qui ne parle lui-meme, a titre personnel, pas l’Anglais. Nous racontons l’histoire, notons avec un stylo qui marche pas nos noms et le reste. (Nb : A l’instant, par Francois : “Ah on a fini par vous emmener a cette police station la ?? C’est celle des agents de la circulation…”)
Autres blagues :
# l’inspecteur nous demande les receipts des ordis (ben voyons…)
# “Ah c’est en France ? Ben vous pourriez les faxer non ?”
Il faudrait deja les trouver… Puis… “Les scanner ca irait pas ?” *espoir*
*Coup d’oeil dans la piece archi nue* “Hein ? Vous voulez Internet ???”
# Flo reussi a appeler son frere, qui, après s’etre bien foutu de notre gueule, appelle mes propres parents et s’attelle lui-meme a la dure tache de retrouver le numero de serie de l’ordi de sa soeurette…
En attendant, l’inspecteur part pour son lunch break, en nous indiquant ou on peut trouver de l’eau. (?)

Au final, nous rererererereresautons sur le scooter (c’est la derniere fois) en compagnie de l’inspecteur et d’un autre policier. Direction la maison, l’inspection des lieux. Puis les flics sonnent chez nos voisins indiens pour qu’ils traduisent. L’inspecteur note nos declarations, les voisins apportent eau et chai, et le 2eme flic se contente de roupiller tranquillement sur sa chaise en plastique (il ne se reveillera que pour roter un bon coup).
Accessoirement nous frolons la catastrophe, parce que nous avions mentionnees 4 personnes a l’appart alors que nous ne sommes officiellement que trois. Du coup Lucy devient Justine, et Erin ‘juste une amie’. Comme nous ne pouvons donner d’adresse precise pour cette derniere, les soupcons du vol d’ordinateurs se portent sur elle… en attendant nous on se marre.
Finalement les policiers nous quitterons sur ce precieux conseil : “A votre place on irait au marche noir Dimanche matin tot.”
Et ce n’est pas une blague.

Pour finir, il faut quand meme mentionner que nous avons tenu Ambuj, notre connaissance utile (fils de l’Ambassadeur d’Inde au Venezuela et petit-fils du gouverneur du Kashmir) de l’incident. Resultat ?
18h36, Lucy, hurlant a titre informative depuis sa chambre : “Ambuj’s grandfather called the Army!!”
Boah, cherchez pas…

Monday, October 22, 2007

Feedback.

Je reviens de l’Internet café… je viens tout juste de poster le message « Caricature »…
J’ai aussi lu le blog de Chris et les posts que j’avais de retard. Les mots de Maud aussi. Et je me suis dit, « pauvre Célia, toi tu ne rends même pas tes assignments à l’heure, et que fais-tu pour agir sur ton environnement ? Pitoyable. ». Et j’ai relu ce que j’avais écrit…
J’ai eu l’impression d’être un spectateur étranger à ma vie, et d’entrapercevoir, pour la première fois, ce que quelqu’un peut bien penser en parcourant ces pages, en observant ces photos… Même si plus jamais je ne pourrais savoir ce que ça fait, de regarder des photos d’une foule autour de Ganesh quand on n’y a pas été.
Je me suis sentie bien inutile. J’ai parlé avec Flo, en rentrant. Le néon, les insectes et la fissure étaient toujours là. Le bordel partout par terre, avec des photocopies de readings et des livres xéroxés qui jonchent le sol. L’autobiographie de Gandhi et la BD Persepolis de Marjane Satrapi, les Lonely Planet sur la table basse. Les coussins brodés d’or éparpillés dans la pièce, les rideaux ocres et bordeaux, les enceintes (cadeau d’Ambuj, Tashi et Sassi pour l’anniversaire de Lucy), toutes nos paires de chaussures entassées sur le râtelier à chaussures près de la porte – alors qu’on porte toujours les mêmes… Ca sert à quoi d’avoir des Converses et des ballerines moisies sorties ? L’affiche sur la porte, qui est une photo de canettes de bière empilées, parce qu’on a trouvé ça marrant de coller à nos stéréotypes. Au-dessus de la porte-fenêtre notre idole de Ganesh que Rohit nous a offert pour notre crémaillère. Les verres qui traînent, le cadavre du mug de la German bakery qu’on a volé et que Flo a cassé en mimant comment elle a évité le char de Durga en bas de la rue pour aller se garer sous l’immeuble. Le cendrier noir avec des perles et des signes « Om » en plastique nacré collés dessus. L’anti-moustique qu’on n’utilise pas, les DVD multifilms à 1 euro. Le ventilateur qui tourne paresseusement, moi affalée sur le matelas, par terre, et Flo avachie dans le sofa. Et je me suis rappelée comment on trouvait ces sofas moches quand on était encore à Koregaon, en Juillet.
Et là on s’est dit merde, il y a 3 mois on se serait bien foutu de la gueule de deux filles comme nous…

Mais si vous voulez, je peux vous raconter. Vous raconter tout le reste. Tout ce que je ne dis pas, parce que c’est normal, c’est tous les jours. Mais finalement…
Il était 23h50 quand j’ai fait rallumer l’ordinateur pour l’imprimante à Rohit. J’avais promis à Lucy que j’imprimerais ses documents. Les lumières étaient éteintes, les ordinateurs aussi. Je suis restée 1h20 au cyber et j’ai imprimé 4 pages, j’aurais du payer 28Rs au moins. J’avais que 20. “I’m sorry Rohit, I’ll give you the balance next time.” “Oh no, I needed the money now! Just kidding, actually it’s 20Rs.” “Are you sure?” “Yes.” “Thank you Rohit. Shoubaratri!” Mais c’est pas vrai que c’était que 20Rs (36 centimes d’euros). Un jour je suis arrivée au cyber, c’était sa Maman qui tenait le comptoir, parce que c’était l’heure du déjeuner. Elle parle pas Anglais, mais elle m’a dit « Hi Celia! ». Comment elle connaît mon nom ? Et à la fin elle m’a dit « 10. » J’ai dit « Are you sure it's not 15? » « No, it's 10. For you. » Regard malicieux en coin. Argh ! non L Je ramène personne dans mes bagages moi…
Bref. Après avoir souhaité bonne nuit à Rohit, je me suis dirigée vers la maison. Dans la nuit il y a une sorte de brouillard toujours à Pune, et parfois une odeur de fumée. Les palmiers que je ne vois plus, la multitude de motos garées sur les côtés de la route. Il n’y a pas de trottoirs, mais des grandes aires en graviers et en terre battue. L’autre jour, quand Flo est allée me chercher un médicament à la pharmacie, un homme était accroupi par terre devant l’église (il y a une grande croix rouge au néon sur le toit, comme à Bruxelles les filles…). Et il était là, il tenait un chiffon dans la main, et il nettoyait le sol. La poussière et les gravillons quoi. Lourde tâche…
La lumière des lampadaires est très orange. Le char était parqué à l’entrée de la rue qui contourne le bidonville. C’est dans cette rue qu’on va jeter nos poubelles, dans un gros container en métal jaune rouillé. A chaque fois, la petite mamie aux cheveux blancs et mèches au henné nous fait un grand sourire édenté. On pose d’abord nos poubelles sur le muret près du seuil de sa porte. On s’assoit sur le muret, et elle pendant ce temps elle fouille dans la poubelle pour voir s’il y a du verre ou du plastique, ou d’autres choses intéressantes. Quand elle a finit, on reprend nos poubelles, on se bouche le nez, et on va les balancer le plus vite possible dans la benne. Je pense qu’elle préfère mettre juste les mains dans la merde, au lieu d’y mettre aussi les pieds. Parce que c’est souvent que plus loin dans notre rue, plus près du chowk (croisement) avec Aundh road, dans l’autre container à poubelles, celui où il y a des chèvres autour qui mangent les ordures, c’est souvent qu’il y a quelqu’un, debout dans les déchets en décomposition, qui trie je sais pas quoi. Et je peux vous dire que ça pue, et que c’est pas comestible. Mais peut-être que c’est pour nourrir les chèvres en fait.
Donc voilà, le char était à l’orée de cette rue. Je crois qu’il y avait aussi un camion, ou deux. J’ai pas fait attention. A ce niveau il y a aussi le rickshaw stand, ceux qui nous font chier un matin sur deux. Mais maintenant c’est de l’histoire ancienne, parce que Flo loue à Sam, pour 500Rs (10 euros) son scooter Kinetic des ‘80s. Pour ce mois-ci, parce que Sam est partit à Delhi. Après, quand on partira dans le Rajasthan, on laissera le scooter chez François.
Juste avant d’arriver au niveau de notre immeuble, il y avait un attroupement de gens qui faisaient je sais pas quoi à part être un peu bourrés et me héler pas méchamment. Pas une seule femme à cette heure-là dans les rues.
Dans le hall de l’immeuble il n’y avait pas le watchman ce soir. Mais peut-être qu’il était encore trop tôt. En général il est là, il dort sur les « carreaux », à l’air libre, emmitouflé dans sa couverture. Mais quelle que soit l’heure, on n’oublie jamais de se souhaiter mutuellement bonne nuit.
La cage de l’ascenseur était illuminée. Quand on est arrivé, le 29 Juillet, on nous a dit que l’ascenseur serait prêt dans les 8 jours. Après 10 jours en Inde j’étais déjà franchement sceptique. J’avais estimé le délai à 1 mois. Ca va bientôt faire 3 mois que l’ascenseur ne marche toujours pas. M’enfin perso je m’en fous.
Au 1er étage j’ai regardé par la fenêtre… Ce côté de l’immeuble donne sur le bidonville de Bopodi. On voit les guirlandes de Noël du temple hindou, les toits de tôle ondulée qui se déploient sous nos pieds, les pierres pour empêcher la tôle de s’envoler, les bâches en plastique pour donner un semblant d’imperméabilité aux « maisons ». Au-delà du slum il y a les montagnes, et on aperçoit la lointaine lumière verte de la mosquée. Ca a l’air plutôt éloigné, mais on entend le muezzin très distinctement, 5 fois par jour.
La fenêtre de l’escalier par laquelle je regardais donne sur une ruelle, une ruelle de polar. Comme une arrière-cour pour les maisons. Je crois que les enfants étaient couchés, et une demi-douzaine d’adultes prenait son dîner. Un tapis bleu et blanc défraîchi par terre, tout le monde accroupi, ils mangeaient des thali. Une femme en sari bleu, avec une fleur blanche dans les cheveux, servait quelque chose. J’aurais tellement aimé me joindre à eux, petit îlot de lumière dans ce bidonville plongé dans le noir de la nuit…
J’ai continué mon ascension. Au 3ème étage, au-dessus de la porte de Leila, notre copine Iranienne, il y avait une guirlande de fleurs orange accrochée. Ah, elle aussi elle a craqué donc. Nous nous avons juste un poster de Ganesh sur notre porte, mais j’aime bien les fleurs aussi... En ce moment tout le monde a de jolies formes et des rosaces en sable coloré sur le pas de leur porte. Ca doit être pour le festival. Sur les portes il y a des « om » et des svastika (pour nous des croix gammées) dessinées à la peinture rouge sang. Au 3ème, chez un nouveau locataire, il y a plein d’empreintes de mains, partout sur la porte et sur le mur. Et chez un autre, il y a une petite poupée vaudou noire, plantée d’épingles et pendue par les pieds, sur un des gonds de la porte d’entrée.
Et puis je suis arrivée au 5ème, chez nous, le seul étage non éclairé, un étage avant le toit. Et comme j’ai un research term paper à faire, sur les évolutions du système partisan dans l’Uttar Pradesh depuis l’Indépendance, eh bien je vous écris. Faudrait pas non plus que je le rende à l’heure…
Alors voilà, une fraction de journée à Pune… c’est long hein ? Avouez que je fais bien de pas tout raconter… Flo se lève chercher du chocolat, on écoute Jean-Jacques Goldman, je vais me faire un lime & ginger.
Shab be kheir kouchoulouhaye man ! *

* Bonne nuit mes petits ! (En Persan.)

Sunday, October 21, 2007

Durga Puja & caricature.

Par la fenêtre, des feux d’artifices qui éclatent dans toutes les directions. Soudain je sursaute, il y en a un tiré juste sous nos fenêtres, dans notre rue. Les pétards éclatent au-dessus de ma tête.
La musique est si forte qu’elle nous empêche de penser. Un char, une demi-douzaine de haut-parleurs qui crachent de la musique indienne techno. C’est comme un gros cœur, qui bat très très fort.
Devant le char, les hommes dansent, toujours aussi démembrés.
De l’autre côté de la route, sur le bas-côté opposé, les femmes observent, immobiles, en saris rouges orange fuschia verts, dorés et pailletés.

Le silence est revenu dans la rue, le char est passé. Ne restent plus que les habituels klaxons du trafic, et la rumeur lointaine d’un autre char, un peu plus loin, dans une autre rue.
Maintenant c’est quelqu’un qui tape dans un mur de l’immeuble avec un marteau, à cette heure tardive.
En face de moi, une fissure dans la peinture de notre mur, et plein de petits insectes volants qui s’agglutinent autour du néon.


J’ai parfois l’impression d’être devenue une caricature…
Je porte un grand pantalon bouffant rose à carreaux et des kurtas rouges et orange, je ne me sépare jamais de mon écharpe (il fait au moins 30 degrés Celsius l’après-midi maintenant). Je ne porte plus que des tongs depuis belle lurette et j’ai les pieds tout noirauds. J’ai des envies un peu étranges (avoir une boucle d’oreille en forme de fleur sur le haut de l’oreille comme Sharmila Rege, ma prof de socio). Je me coiffe avec des barrettes argentées et des pinces roses pailletées en forme de cœur. Le matin tout le monde sait quand je me lève, parce que j’ai des bracelets de chevilles à clochettes que je n’ai pas retiré depuis notre voyage à Goa (mais j’ai demandé, tous les bijoux viennent de Bombay…) et qui font gling gling. J’ai les cheveux de plus en plus bouclés, on achète des produits Himalaya à propriétés ayurvédiques (même si d’après Aamanee c’est un truc de grand-mère ici, un peu comme notre Yves Rocher à nous) (sauf que ça marche vraiment). Je bois l’eau du robinet et mange avec mes doigts, je me déhanche sur Cash, Partner et tant d’autres, et je connais même des bouts de paroles. Je me fais occasionnellement ramener en Pulsar 150 après des soirées, et Flo vient de s’acheter un scooter : maintenant, nous sommes motorisees comme tout le monde. Quand j’ai des allergies qui reviennent, un mal de gorge à cause de la pollution, de l’urticaire après la douche (être allergique à l’eau, c’est un comble) je cours chez Joshi, l’homéopathe sur MG Road. Je ne souris plus aux rickshaws agressifs, et quand ils sont désagréables je le leur rends au centuple. Nous faisons toujours notre lessive à la main, même si j’ai craqué et que j’ai acheté de la washing powder de marque occidentale parce que l’indienne pue trop. Bon, maintenant on a une vraie douche, avec de l’eau chaude ! Mais je privilégie les toilettes à la turque à la fac au lieu des toilettes occidentales. Et je suis plus en retard que jamais…

Je commence aussi à changer d’avis. Sur plein de choses. Sur la laïcité à la française, sur qu’est-ce que le respect de tout ce qui est Autre, sur quoi faire après Sciences po, sur le pouvoir et nos dirigeants (sur le PS… Clem et Gaby cachez votre joie). Sur mes projets de vacances aussi ;) La perspective de la découverte de l’Indonésie avec Gaby au mois de Juillet s’éloigne… maintenant je prends le vol Mumbai-Tehran sur Iran Air avec Zohreh.
Je remarque que sans le vouloir, j’ai aussi changé ma façon de danser. J’ai appris à claquer des doigts différemment, et je ne me suis pas encore remise de la joie d’avoir enfin réussi à trouver (merci Lucy) comment prononcer la lettre « gh » de l’alphabet persan.

Mais j’ai toujours mes lunettes Prada (aaargh), une fabuleuse propension au work-avoiding, à la lecture et à la rêverie…
Des goûts musicaux de chiotte, une passion pour les toasts beurre salé - miel et pour les carottes crues – mayo. Des rêves de minijupes et de décolletés provocants pour quand je serais de retour à Paris (voila ce que ca donne, quand on est trop brimee...).
Et je ris pareil qu'avant, a gorge deployee... Donc finalement, rien ne change ?

Tuesday, October 2, 2007

Festivites.

Voilà maintenant une petite semaine que le glas a sonné : fin de Ganpati.
Les 12 jours de festival se sont achevés par l’immersion des Ganesh de carton-pâte dans la rivière locale, par une nuit de pleine Lune. L’afflux de monde était délirant et les policiers bien présents avec leurs grands bâtons, usage avéré: contrôler la foule. Nous sommes descendus en centre-ville pour profiter une dernière fois du son rythmé des tambours et de la techno-pop indienne (eh oui ! rien n’est trop beau pour Ganesh).
Ceci dit la soirée nous a été légèrement tronquée par les fameux policiers aux grands bâtons. Au léger motif qu’en nous mêlant à la procession côté section des femmes (nous voulions danser un peu en l’honneur de la divinité susnommée) nous (certes 5 Occidentales) (tout de même !) avions créé un attroupement trop important, bien que totalement involontaire ! qui aurait pu (qui sait ?) dégénérer en mouvement de foule. Nous avons donc été priées de déguerpir au plus vite du festival. C’est ainsi que nous nous sommes retrouvées autour d’un butter chicken masala à Aundh, l’air un peu penaud.

Inutile de préciser que les deux derniers jours du festival furent l’occasion de deux jours fériés aux frais de la Princesse…
Et pourtant ne voilà-t-il pas que ce matin, seulement 6 jours plus tard donc, je me réveille de nouveau au son d’une musique festive et matinale, en directe provenance de la rue…
‘Today’s Gandhi’s birthday.’ Ah.

A peine pénétrons-nous dans la fac qu’il devient évident que l’évènement a totalement décimé les effectifs du staff administratif et du corps enseignant : nouveau jour férié.
C’est à peine si nos pas résonnent dans les couloirs vides et les voix des rares étudiants rebondissent contre les parois nues des salles de classe. Bien sûr il n’en fallait pas plus pour que Pandit annule son cours du matin.
Le campus reste fréquenté néanmoins, beaucoup d’étudiants logeant dans les différents hostels du campus. Le temps est au beau fixe et je prends agréablement conscience du pépiements d’innombrables et invisibles oiseaux dans les arbres (Ficus bengalensis pour la plupart), du cricri des cigales, et surtout de toute cette végétation luxuriante qui nous entoure. J’erre deux heures durant sous le soleil et sur des routes désertes et désertées, à la recherche du département de Microbiologie. Je ne sais si je suis totalement neuneu et ce par deux fois, ou si, peut-être, le plan défraîchi du campus au Main Building ne serait-il pas à l’envers ? Je penche toutefois pour la première solution…
Peu importe, ma mission sera couronnée de succès, et j’aurais bien amélioré ma connaissance des recoins du campus après cette petite ballade autant involontaire qu’agréable.
Le département de Microbiologie se trouve sur la route qui mène au bidonville de la fac, dans un coin reculé du campus. Sur le chemin je ne croise pas grand monde, à part un groupe d’élèves entrain de se faire un volley sur le terrain du département des Environmental Studies (qui semble sorti de nulle part), ou encore un berger entrain de conduire son troupeau de chèvres jusqu’au « pâturage » le plus proche (un bout de gazon pelé au milieu de la poussière).
A part ça (à mon usage personnel) : victoire ! le second semestre de Microbio commence en Janvier, ainsi pas de souci d’emploi du temps (et de risque de non vacances !) comme c’était le cas à Jussieu. Je suis vraiment impatiente de pouvoir prendre quelques cours là-bas, loin de l’effervescence du centre névralgique du trio cantine Xerox - Humanities department – Main Building. Et plus près de l’air pur de la forêt de Ficus bengalensis

Monday, September 17, 2007

Mission Charcuterie – comédie en un acte (du moins j’espère !).

Moi qui n’ai jamais besoin d’aller chez le médecin dans notre douce France, depuis quelques semaines je profite d’être en Inde et d’avoir le temps pour faire la tournée…

D’abord l’homéopathe – rien de dangereux – puis le médecin – bon enfant.
L’anecdote remonte à ce Mardi où je ne pouvais plus parler pour cause d’angine (ou autre, je ne saurais jamais). Allant à l’encontre de tous mes principes (ne JAMAIS demander de l’aide, ce serait trop facile) j’avais laissé Rohit m’emmener chez le médecin le plus proche en moto. Ca tombe bien, il pleuvait ce jour-là.
« Nous avons pénétré dans un petit sentier de terre battue, Ruhet a arrêté la moto, je me suis dit « naaan… c’est une blague » avec un sourire en coin amusé, type « elle est où la caméra cachée ? ».
Mais non ce n’était pas une blague. Le médecin le plus proche c’était une sorte de cabane carrée en bois, avec toit en paille. C’est ça, une hutte. Un écriteau « A-medicine » (A pour allopathic) et une croix rouge.
J’ai retiré mes tongs à l’entrée, me suis rappelée qu’il ne faut pas se fier aux apparences, et je me suis assise sur le banc, entre une paire d’yeux et un vieil homme.
Du « cabinet » entraient et sortaient des fillettes qui sautaient partout et jouaient dans le rideau de grand-mère à grosses fleurs qui faisait office de porte.
Puis ce fut à mon tour, la consultation étant principalement composée de questions, ce qui m’allait fort bien.
Je suis repartie avec quelques médicaments jaune et orange fluos qui sentaient la mort, et un sirop magique qui m’a rétablie en 2 heures (véridique !) et m’a rendue un peu surexcitée pendant 48h (certains en témoignerons…).
Bonne expérience donc, avec une morale en deux parties que voilà :
# accepter de l’aide rend la vie plus facile
# on ne le répètera jamais assez : ne pas se fier aux apparences. »


Forte de ces leçons je décide donc Vendredi dernier de me rendre chez la dentiste, ma dent de sagesse qui pousse recommence à me faire mal et pas question de me bourrer de paracétamol comme en Juin. Comme on ne rigole pas avec l’hygiène dentaire je choisis celle déjà testée par Hugo, et qui exerce à Koregaon park (facteur faisant littéralement exploser les indices de fiabilité).
Verdict : ma dent a probablement la place de pousser, mais c’est pas dit. Ma gencive se décolle, pouvant causer des infections. Solution dentaire : retirons la gencive de dessus la dent, charcutons fouinons observons, et avisons.

Je me rends donc aujourd’hui au cabinet une nouvelle fois pour ce que j’appellerais : de l’Opération, ou la Mission Charcuterie.
La dentiste est adorable, bien entourée d’assistants divers et variés, la pluie s’est mise à tomber, j’ai une magnifique vue très reposante sur les arbres s’agitant doucement dans le petit vent qui souffle à travers la fenêtre. Musique classique pour détendre l’atmosphère qui n’est en fait pas tendue (c’était le plaisir de la narration).
Je m’allonge sur la table de torture (ça aussi c’est pour l’effet narratif) et le masque de Smita se penche sur mon visage pour mieux scruter ma dent (ou plutôt ma gencive et la pointe ridicule de ma dent qui en dépasse).
C’est alors que Smita dégaine une longue, très très longue aiguille de sa table à outils, « open your mouth ». Vas-y Célia, fais pas ta chochotte.

L’assistant du Doc (c’est comme ça qu’il l’appelle) me fait la causette pendant de longues minutes de contemplation des taches d’humidité au plafond, le temps que l’anesthésie fasse effet.
Smita finit par revenir, la pièce peut commencer…

Lumière en pleine tronche, je me crois en plein milieu d’un épisode d’Urgences (même si je n’ai jamais regardé Urgences ceci dit).
Smita et son assistant scrutent mon gosier grand ouvert, et la ptite madame-bonne à tout faire papillote autour de nous pour passer tous les instruments (stériles !!! siouplé… snif) dont le Doc pourrait bien avoir besoin.
Les instruments consistants principalement – de ce que j’ai pu en voir, parce qu’après j’ai pris le parti de fermer les yeux – de ciseaux divers et variés qui m’ont étrangement rappelé ceux que l’on (non - ceux que Gaby) (remerciements publics) utilisait pour découper souris, grenouilles et autres têtes de criquets en TP. Et vas-y que je te coupe coupe la gencive ! “You will know that I’m doing something in your mouth but won’t feel any pain. This is how it has to be.”
Oui, c’est tout à fait ça, je comprends bien qu’il se passe quelque chose là-dedans – goût du sang dans ma bouche.
D’ailleurs ça dure, ça dure, et moi je commence à avoir une crampe à la mâchoire droite (celle qui n’est pas anesthésiée) à force d’ouvrir grand la bouche. J’aimerais bien refermer un peu, mais je sens les ciseaux contre ma langue, Célia je t’en supplie ne ferme pas trop la bouche, qui sait ce qu’elle pourrait couper si elle ne voit plus rien.
Les minutes s’éternisent.
C’est alors que…
C’est alors que “Ahou! I ’i’n’t ’eel a’y ’ai’, ’u’ ’ill ’I ’elt homehin’”. Action réaction… « Anaesthetic! » Blanc. « Needle please!!! ». Et voilà la longue, très longue aiguille qui fait un aller-retour supplémentaire dans ma bouche.
Le verdict finit par tomber : “I think that your tooth has enough place to grow. At least I hope so! I won’t take it off today.”
QUOI ??? Mais c’est qu’elle prévoyait de m’arracher ma dent de sagesse là, right on the spot, si le besoin s’en était fait sentir ??
Soudain, je prends toute la mesure de sa phrase anodine d’il y a 4 jours. “If I feel like the tooth has to be removed you’ll have to tell me what you want to do. So think about it for Monday ’cause you’ll have to take a decision quite fast.”


Fort heureusement tout est bien qui finit bien donc, et après beaucoup de bave sécrétée et de sang perdu, ma dent est bel est bien là, très belle, faisant de ma personne une nouvelle sage de ce monde J. (Non, pas adulte non.)

Sunday, September 16, 2007

Ganesh Chaturthi, day 1.

J’ai encore dans la tête le rythme obsédant des tambours…
Hier, ouverture de Ganpati. 10 jours de festivités en l’honneur de Ganesh, dieu de la chance et des arts, fils de Shiva et Parvati.


Nous déambulons dans le centre-ville en fin d’après-midi. Bain de foule, partout des décorations, des rubans colorés enroulés autour d’échafaudages en bambous méticuleusement montés pour l’occasion. Parfois, des publicités les surplombent, Oxyrich (une eau minérale) a l’air de bien sponsoriser l’évènement.
Dans les rues les gamins nous percent les tympans avec leurs sifflets, de longs serpentins qui se déroulent quand on souffle dedans. Marchands ambulants de ballons de baudruches colorés, d’éventail en plumes de paon et de pipos. Je ris en mon for intérieur.

Des temples ont été monté partout dans la ville, autour de Laxmi il y en a tous les 100 mètres, monstres de kitsch recouverts de ce qui semble être du papier aluminium de toutes les couleurs. Ils sont là, prêts à recevoir les icônes en papier mâché flashy de Ganesh.


J’ai faim. Ca tombe bien me dis-je, car j’avise partout des marchands de noix de coco pour l’occasion. Rapidement, je me rends compte qu’il ne s’agit pas de manger de la noix de coco durant Ganpati, mais que ce sont des offrandes pour l’énorme Ganesh trônant, entouré de guirlandes de Noël, réfugié dans l’immense temple doré dont on peut voir le toit depuis toutes les rues avoisinantes.
La queue pour offrir son panier d’offrandes serpente dans les rues mouchetées de couleurs vives.

Après avoir flâné quelque peu dans le bruit, nous sommes arrivés à une place sans véhicules, c’est-à-dire un endroit silencieux.
La meute d’expat’ s’est alors séparée, le groupe principal décidant de continuer à marcher (et échouera au Shisha café à Koregaon Park – parfois il vaut mieux renoncer à comprendre) et le groupe minoritaire (ou plutôt devrais-je dire « duo ») de poser ses fesses sur le trottoir de la place.
Officiellement Flo et moi « observons », « vivons au rythme local pour mieux saisir l’atmosphère », « contemplons les scènes de vie ». Officieusement nous sirotons un Mazaa à la mesure de notre paresse.

Petit marché improvisé devant nous, patchwork de couleurs qui déambulent.

Une fillette trop chou me tape sur l’épaule, me parle avec un grand sourire. Floriane ne saisit que « joli ». Elle repart. J’en profite pour pomper tout le savoir de Flo en Hindi, puis la fillette revient. Elle est partie se renseigner pour l’Anglais. « You are very good-looking! » Oh ben ça si c’est pas mignon…

Les 10 minutes suivantes se passeront de la sorte. Elle venant me dire quelque chose en Anglais (« What’s your name? »), réponses (« Mera naam Celia hai. »), interlude (gamins vendant des étoiles qui brillent dans la nuit – 100Rs la plaquette), elle revient (« Where do you live? »), réponse (« Bopodi! Aundh area. What about you? »), interlude (le prix des étoiles qui brillent dans la nuit descend à 5Rs devant notre apparente non-intention d’en faire l’achat).

Finalement nous partons manger un petit quelque chose dans le bouiboui de la place, je prends un cold coffee au lait plus que douteux, et nous partageons un délicieux jus de citron dangereusement coupé d’eau du robinet.

N’ayant subi aucun effet secondaire dans les dernières 24h nous pouvons dire que l’eau de la ville est apparemment devenue de l’eau potable pour nos petits organismes fragiles en transition.

Bonne nouvelle !

Sur ce nous repartons et nous laissons guider par la masse compacte, flot humain et rythme lointain des tambours.

C’est alors que nous tombons nez à nez avec Ganesh.

Il nous regarde, placide, depuis son char argenté, tiré par une vache sacrée aux longues cornes. Des enfants sont assis autour de l’icône, et devant le char percussions et cymbales s’en donnent à cœur joie.

Nous prenons vite conscience que nous sommes entourées uniquement d’hommes ; malaise. C’est alors que j’avise une barrette dorée, de lourdes chevelures noires ramenées en tresse, des couleurs vives – saris richement brodés. Le groupe des femmes, c’est là-bas.

Le soleil se couche, la procession peut commencer.


La musique est envoûtante, le rythme endiablé.
Les femmes ouvrent la marche en tapant des mains, je cherche l’erreur. Flo maugrée « comme par hasard ce sont les femmes qui sont le plus loin de la divinité ». Elle a trouvé l’erreur.
A un mètre réglementaire derrière nous les musiciens se déchaînent et suent sur leurs instruments.
De temps à autre, quand la cadence s’accélère, quelqu’un hurle « Ganpati !!! » et nous, reste de la foule, renchérissons « Moria !!! ». « Ganpati ??? » « MORIA !!!!! ». Non, ce n’est pas un match de foot. Ganpati et Moria sont les autres dénominations de Ganesh.
Sheetal, rencontrée dans la procession, me saisit par les mains « do you want to turn? » et me voici en première file, nous tournons à toute allure. Les tambours tambourinent, les femmes tapent des mains, le monde tel que je le visualise n’est plus qu’un tourbillon coloré et tellement lumineux dans la nuit noire, un énorme cœur qui bat, des sourires amicaux amusés et tellement heureux. Quand nous stoppons, le monde ne devient soudainement plus qu’un tourbillon coloré certes, lumineux toujours, mais tellement tanguant ! Instabilité.

La procession dure, j’ai les larmes aux yeux de joie, tellement je ne sais plus où je suis. Autre monde, absurdité. Des hommes se déchaînent autour d’une statue fluo en papier mâché.
Autre temporalité, voyage dans le temps, changement d’époque. Des saris, des turbans, des hommes déguisés avec de grands chapeaux et des habits brodés d’or, on ne sait pas ce qu’ils font là, mais qu’importe, rien n’a de sens.
Dans son sari orange, lourds bijoux, la counsellor de la zone de Pune est là, nous sourit, se présente, et repart faire tourner sa fille en hurlant « Moria ».

Finalement nous arrivons à l’un de ces temples qui ont été monté de toutes pièces ces derniers jours. Les hommes déposent Ganesh au fond, Flo et moi repartons sur Laxmi.
Partout, tout le long de la rue, diverses processions. Des icônes sur des chars, tirés tantôt par des vaches tantôt par des tracteurs, autour desquels les hommes se déhanchent comme des fous, pantins désarticulés.
En plein milieu de la rue un feu d’artifice bas est tiré, les pétards consumés nous retombent dessus.
Effervescence.
Deux chameaux passent, des fillettes dessus. Je les regarde passer, « tiens ! des chameaux ». L’Inde c’est aussi s’attendre à tout et ne s’étonner de rien.

Aujourd’hui j’ai ouvert pour la première fois l’un des livres qui jonchent le sol de notre appartement. Poisoned Bread – translations from Modern Marathi Dalit Literature, une anthologie.
J’ai découvert les poèmes, cet autre monde dépeint par ces femmes, par ces hommes, qui se trouvent sur ces mêmes terres que nous foulons tous mais qui sont exclus de tout. Une religion qui semble agir sur eux comme un carcan imposé par les autres croyants – l’hindouisme. Des hommes et des femmes exclus de la société, qui n’ont, encore aujourd’hui, quasiment pas de prise sur elle, et qui en sont d’autant plus exclus que leurs interactions avec elle ne sont pas reconnues. Totalement ignorées, non étudiées.

Alors entre hier et aujourd’hui j’ai commencé à prendre la mesure, pour la première fois, d’Exclusion. Et j’ai mieux saisit encore Paradoxe.
Paradoxe d’une société qui nous fait danser au rythme endiablé de ses tambours, et le lendemain de fête, dans la rue, les regards suspicieux, les remarques salaces, obscénités subies sur le chemin de la fac. Cette société qui nous fait danser nous, deux occidentales athées un peu trop blanches, fêtons Ganesh ensemble, et qui exclu toute une frange de la population de ses festivals colorés, malgré une religion partagée.

Bien sûr je ne mène pas ici d’étude comparée avec ma propre société, et suis bien loin d’essayer d’établir des rapports de valeur…
J’apprends Constat.